En préparant mon chocolat chaud ce matin, j’ai allumé la radio. Ça ne m’arrive pas souvent, car j’ai tendance à éviter les mauvaises nouvelles, les gens qui s’écoutent parler, ceux qui se coupent la parole et les donneurs de leçon. Mais aujourd’hui, j’avais envie de compagnie. La première intervenante exprimait son bonheur d’avoir une relation fusionnelle avec sa sœur et très proche avec ses parents, qu’elle consultait pour toutes les décisions importantes. Un auditeur, pris au téléphone, ajouta que pour lui, fils unique, l’amitié avait remplacé la famille. Puis il fut question des individualités qui s’apprivoisent dans un film, sorte de communauté, surprise que des liens se nouent et d’en faire partie.
Compte tenu de ce que j’ai vécu depuis quelques mois, le sujet résonne particulièrement. Après l’identification d’une tumeur (cancéreuse au sein droit), j’ai commencé le traitement par chimiothérapie. Un protocole largement répandu et qui a fait ses preuves, comme me l’a répété mon entourage depuis le début de l’aventure. Mais, après la première injection, à un moment où j’ai cru ma dernière heure venue tellement la dose était forte, j’ai découvert la cécité des personnes autour de moi (famille, amis et soignants) à mes ressentis. Ils n’avaient qu’une seule chose en ligne de mire, la rémission d’ici quelques mois, justifiant tous les désagréments intermédiaires. Alors que j’étais au fond de mon lit, et parfois incapable d’en sortir, ils m’interdirent de dire et de penser que j’allais mourir. Abandonnée par ceux dont j’imaginais le soutien acquis, j’ai conquis pas à pas mon indépendance. Je me suis détachée de tous les liens toxiques et de ceux qui m’acceptent tant que je rentre dans leurs cases.
Alors je me sens seule. C’est une solitude choisie, j’ai volontairement écarté les personnes qui me prennent plus d’énergie qu’elles ne m’en apportent. Mais elle me pèse. J’ai envie de discussion, de débat, d’échange. J’aime écouter les autres et découvrir ce qui les anime. Je l’ai fait pendant des années, dans des associations ou comme correspondante du journal local. Mais j’ai aussi soif de partager ce qui m’enthousiasme, de sonder les profondeurs de mon être et les forces qui me poussent à poursuivre mon chemin, malgré la douleur et les obstacles.
Bien sûr, je ne suis pas seule dans ce cas. Des tas de gens se sentent isolés et souffrent de ne pas être compris par leur entourage. Et il m’arrive de discuter. Mais j’ai pris conscience, au fil des semaines, que personne ne m’accepte pleinement. Dans ma famille, je ne parle pas d’ésotérisme ou de spiritualité, ça ne se fait pas. Avec certaines amies, le sujet est abordable. Mais, si elles travaillent dans le domaine du développement personnel, elles ne s’intéressent pas à ce que j’écris. Au départ, elles m’ont expliqué que les romans de science-fiction n’étaient pas leur tasse de thé. Mais elles n’ont pas porté plus d’intérêt à mon livre ou à mes projets sur le développement personnel. J’ai longtemps cru que c’était ma faute, que je m’exprimais mal ou que mes productions n’étaient pas à la hauteur. Puis j’ai fini par comprendre. Que mon horizon est trop vaste pour eux. Que ma manière de voir le monde les dérange. Car je ne me satisfais pas de l’à peu près. Je poursuis ma quête de l’harmonie.
Je sens que j’approche de ma note et que la mélodie de l’univers est prête à m’accueillir. Il me reste un verrou à dépasser. Celui qui m’empêche de chanter à pleine voix et de crier à pleins poumons. Celui que j’ai installé pour qu’on ne me remarque pas, et que personne ne voit à quel point je leur ressemble peu.
Je suis une fée. Pas la fée des contes, minuscule, jolie et réservée aux enfants. Je ne suis pas non plus la fée des bois, amie des lutins et du petit peuple, que certains aperçoivent dans leurs jardins. Je suis une fée parce que je peux transformer ma réalité. Je n’ai ni ailes ni baguette magique, et pourtant mon pouvoir est immense. Car je l’ai cultivé depuis quarante ans. J’ai dépassé toutes les épreuves et tous les obstacles. J’ai joué à la victime, au bourreau et au sauveur avant de découvrir la voie de la responsabilité.
Je suis une fée parce que je regarde le monde avec espoir. Je suis une fée parce que j’ai planté une graine qui peut mener l’humanité sur un autre chemin. Parce que j’en ai marre des dictons à la con (les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés) et que pour l’instant, il n’y a pas foule pour le tester, je commence par le mien. Je construis ma nouvelle voie peu à peu et pas à pas. Je suis une fée parce que je vais voyager. Jusqu’à rencontrer ma communauté. Celle qui se reconnaîtra en moi.
Aujourd’hui, je suis une fée, parce que c’est l’image qui m’est venue pour partager ce message. Hier, j’étais un macareux. Ne vous attachez pas à l’étiquette, elle est aussi éphémère que le présent qui se terminera avec le point final de cet article.
La solitude des fées, c’est celle des masques que nous revêtons pour éviter de nous montrer tels que nous sommes, pleinement et entièrement. Ce sont des habitudes prises dans l’enfance, et que nous perpétuons à l’âge adulte, tant que l’inconfort de porter ces masques ne dépasse pas la peur de les poser. La solitude des fées n’est pas une fatalité. Ce n’est pas parce qu’aucune autre fée ne vit ici que je suis la seule. J’espère qu’un jour, une autre fée frappera à ma porte et je me réjouis par avance du plaisir que j’aurais à partager un bout de chemin avec elle.

Bonsoir Sandrine
les élans de vie sont bien étranges et si merveilleux quand on les accueille et les suis.
J’ouvre mon ordinateur ce soir, j’allais consulter un site qui est dans mes favoris et vois le tien. Soudain, je me dis j’aurai peut-être de ses nouvelles sur son site. Peut-être continue-t-elle à écrire avec l’énergie qu’ elle peut trouver. Et, là, belle surprise un article si récent. Comme tout ce que j’ai lu de toi, j’apprécie une fois de plus ton écriture dans toutes ses dimensions, la sincérité et profondeur du partage de ton essence même.
Je n’ai pas été la fée que tu attends et qui frappera à ta porte. C’est pour cela que je n’ai pas pris directement de tes nouvelles.
D’où je t’écris, je vois le livre, que je dois te rendre, posé sur un meuble, dans ma bibliothèque ton manuscrit pour lequel je n’avais pas fini de te partager mes points de vue. Et je te revois émue dans ce restaurant à l’écoute profonde de mes commentaires. Je garderai cette image de toi comme l’image d’une personne pleine d’humanité.
je te souhaite du fond du cœur de te vivre pleinement avec la maladie qui fait partie de toi et qui doit tellement t’éprouver (c’est ce que je me raconte) et sans doute un jour, dans un lieu de rencontrer une fée …
Bonsoir Florence,
Merci pour ton passage et ton message. A une prochaine fois !