Il y a trois ans, j’ai créé un jeu de société dans le domaine du développement personnel. Un jeu à jouer seul ou à plusieurs, avec l’idée d’avancer sur mon chemin de vie avec plus de légèreté, de joie et de facilité. L’occasion de tester sans crainte ma manière de voir le monde et d’appréhender les situations du quotidien. Celle aussi de gagner du temps et de l’énergie dans l’évacuation des croyances et autres habitudes ou héritages qui me pourrissent la vie. L’un des éléments centraux du jeu est la présence de l’univers, qui répond (ou pas) à mes sollicitations. Dans le cas d’une partie en solitaire, je suis à la fois moi et l’univers. Je jongle entre les demandes que j’ai envie de faire et celles que j’estime légitimes. D’ailleurs, quand elles ne le sont pas, d’autres obstacles apparaissent dans le jeu. Je suis donc en général assez fluide et décomplexée dans mon rapport à l’univers. Un univers bienveillant et qui me soutient lorsque je suis alignée avec qui je suis et bien ancrée dans mon corps et mon quotidien.
Mais samedi dernier, il y a eu un accroc. Un grain de sable qui crisse sous chacun de mes pas depuis. Une petite voix qui m’a trotté dans la tête jusqu’à ce que j’accepte de la laisser parler. Samedi dernier donc, j’ai fait une partie avec une amie que je n’avais pas vue depuis plusieurs mois et qui n’avait jamais testé mon jeu. Face à face, nous étions chacune l’univers pour l’autre. Au bout de quelques minutes, alors que je venais d’évacuer mes cartes obstacles et expériences et que je demandais à l’univers de m’amener à mon objectif, confiante dans le résultat, mon amie me dit « Non ». Interloquée, je suspens mon geste. Elle n’a eu aucune hésitation, la réponse a été claire, tranchée et définitive. Devant ma surprise, elle m’explique qu’elle agit comme dans la vraie vie, que rien ne s’obtient aussi vite et qu’un objectif se mérite. Au tour suivant, pour enfoncer le clou au cas où je n’aurais pas bien saisi l’allusion, je tire la carte « Impuissance ». Le jeu se poursuit et j’adapte mes demandes à l’univers que j’ai ce jour-là. Je finis par arriver à mon objectif et je pense que la situation est réglée.
Mais ce soir, l’insomnie s’installe. Elle me tient régulièrement compagnie depuis un an. Et je n’en peux plus. La nuit n’est plus l’espace de repos et de ressourcement auquel j’aspire. C’est une succession de brèves périodes de sommeil peu réparateur. En ce mois de juillet caniculaire, je dépéris à petit feu. J’ai trop chaud et je suis fatiguée. Rationnellement, je continue de digérer les effets de ma première chimio trop dosée début mars. Mais psychologiquement, cette histoire d’impuissance me mine. Diverses expériences de soumission me reviennent en mémoire. Toutes les fois où j’avançais avec confiance sur mon chemin et où quelqu’un s’est dressé pour m’imposer un cadre, une croyance ou une limite qui ne m’appartenait pas.
Je m’en veux. Je suis en colère contre moi-même pour ne pas réussir à me sortir de ces situations et à les subir. Cette nuit, j’ouvre la boîte de Pandore pour aller voir quelles expériences et quelles sensations se cachent derrière cette réaction d’urgence bien ancrée dans mes habitudes. Des souvenirs se présentent. Plusieurs avec mon ex-mari, une autre avec un déménageur indélicat. Et celui de la clarinette. Enfant, j’ai décidé de faire de la musique. J’ai commencé par le solfège et je souhaitais jouer de la flûte traversière. Malheureusement, dans l’école où j’étudiais, il n’y en avait plus à louer. On m’a donc proposé de faire de la clarinette à la place. Premier renoncement et première expérience d’impuissance. J’ignore comment s’est passée la suggestion exactement, mais j’en ai gardé l’impression de me retrouver avec un instrument que je n’avais pas choisi. Comme je possède une grande capacité d’adaptation et de résilience, j’ai fait avec. Une quinzaine d’années plus tard, j’ai appris l’accordéon diatonique. Un instrument que j’adore. Cependant, au bout de quelques mois, je me suis rendu compte qu’il me faudrait des années avant d’atteindre le niveau technique que j’avais acquis à la clarinette.
Cette nuit, les choses s’éclairent. Je n’ai pas fait AVEC le plan B, j’ai fait SANS le plan A. Sans envie, sans joie, sans étincelle. Le temps et l’énergie dépensés dans ce plan B ont disparu. J’ai investi des années dans une voie sans issue. Une voie qui n’était pas pour moi parce que je ne l’avais pas choisie. Ça peut sembler anodin, mais ça ne l’est pas. Sortir de l’impuissance, c’est s’offrir le choix. Celui d’agir ou de ne pas agir, mais aussi celui de la direction qu’on prend. Il y a de multiples façons d’agir. Choisir l’outil, le moment, la vitesse, tout cela construit notre pouvoir individuel, le JE PEUX qui nous ouvre les portes de nos rêves.
Je constate avec amusement que ma situation actuelle, dans laquelle j’ai du mal à choisir entre les différentes solutions qui s’offrent à moi, me montre le chemin parcouru. Il n’y a pas de mauvaise décision, il n’y a que des expériences. Je sais peser le pour et le contre, et sélectionner la meilleure option compte tenu des paramètres dont je dispose. Je me suis ouvert le champ des possibles. Il me reste à l’explorer.
