Accueillir le vide

Accueillir le vide

Depuis quelques jours, j’expérimente le vide. Ma première sensation est un vertige presque insoutenable, après des mois d’activité effrénée. J’ai peur du vide. Peur de ce qui m’attend, peur de ce qu’il me renvoie.

Une fois que j’ai laissé derrière moi tout ce qui m’a occupée ces dernières années, je n’ai plus rien. Je ne sais plus quoi faire. Mon mental dopé à l’action m’envoie mille idées par minute, mais rien ne s’installe. Rien ne soulève plus qu’une petite étincelle d’intérêt qui s’éteint aussitôt. Je ne sais plus qui je suis. J’ai tout lâché. Les habitudes, les contraintes. Mais la liberté que j’ai choisie est effrayante. Il n’y a plus de cadre pour me guider, plus de contraintes pour limiter mes choix. Plus que moi.

Moi et personne d’autre. La liberté c’est cela. Mes choix, mes actions, mes responsabilités. Entièrement. Plus de coupable désigné ou de bouc-émissaire. Je suis actrice de ma vie. Je décide et j’agis. Je ne peux plus me cacher derrière l’extérieur, l’environnement, la politique, les autres. Il n’y a plus que moi.

C’est effrayant ce vide. Je suis tentée de le remplir, et mon mental me souffle des dizaines d’idées pour le faire. Mais je sens bien que ce n’est pas juste. Ce vide a une fonction. Il est là pour m’apprendre quelque chose. SI je le remplis, j’évite l’expérience. Ça m’est déjà arrivé, et je sais qu’elle se représentera, parfois sous une forme plus « percutante ». Aujourd’hui, j’ai envie de légèreté, de jeu, de rire. Alors je laisse mon mental s’agiter dans son coin, et j’observe.

J’observe le vide. Par essence il n’y a rien, et pourtant ce rien n’est pas vide. Bien au contraire. Il est plein de possibles, de promesses, d’ailleurs. Ce vide, c’est la page blanche où j’écrirai la suite de ma vie.  C’est l’endroit où je demeure entre deux voyages. L’endroit où j’ai posé mes valises. Le poids du passé est resté dehors et ici je n’ai que la saveur du présent. Je ne sais pas encore ce que je ferai demain, ni même tout à l’heure, mais ici je suis bien.

J’ai apprivoisé le vide. Je l’accepte et je l’accueille. J’y suis bien. Demain viendra bien assez tôt. Aujourd’hui je suis ici.

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