Qui est aux commandes ?

qui est aux commandes - Sandrine WALBEYSS

L’un des livres qui ont changé le cours de ma vie s’appelle « Dessiner grâce au cerveau droit » (de Betty Edwards). Elle y explique que notre cerveau est composé du cerveau droit (qui commande notre main gauche), intuitif et spatial, et du cerveau gauche (qui commande notre main droite), logique et organisé. Elle propose un exercice surprenant pour constater par nous-mêmes la différence entre ces deux parties de notre anatomie.

Prenez un dessin figuratif au trait (par exemple celui qui illustre cet article*), imprimez-le et redessinez-le sur une feuille. Pour ceux chez qui, comme moi, le cerveau gauche commande, le résultat n’est en général pas terrible. Car le cerveau gauche aime les cadres, savoir où va chaque chose, pouvoir catégoriser chaque parcelle de connaissance. Pour lui, un nuage est une forme moutonneuse dans le ciel, une maison un rectangle avec une porte, des fenêtres et un toit. Maintenant, placez à l’envers le dessin d’origine (toujours visible, mais inversez le haut et le bas), et dessinez-le sur une nouvelle feuille. Quand vous avez terminé, remettez les deux dessins dans le bon sens et comparez. Le résultat est bluffant. En supprimant les repères du cerveau gauche qui n’arrive plus à distinguer ce qui est dessiné et à le nommer, il laisse le champ libre au cerveau droit, découragé par les lignes et traits inclassables. Le cerveau droit, lui, est dans son élément. Il observe les contours, les espaces, la relation entre les composants, les ombres et les lumières. Et il retrace, morceau par morceau, chaque parcelle de sa perception, sans s’attacher au résultat final.

Cet exercice a été un formidable révélateur. Mon cerveau gauche a compris ce qui se passait et pourquoi il n’était pas performant dans cette activité. Il a aussi réalisé que si les deux parties de mon cerveau fonctionnaient parfaitement, elles manquaient d’harmonie. Le cerveau gauche était aux commandes, et il ne laissait la place que quand la tâche à effectuer le rebutait, le lassait ou ne l’inspirait pas. À ce moment-là, le cerveau droit, ravi d’avoir un peu d’espace, prenait le relais. Un processus aléatoire et bancal, où le cerveau droit pouvait se retrouver à gérer des informations à classer (ce qui n’est pas de son ressort), ou des choses à expliquer (ce qui ne l’est pas non plus, même s’il peut se débrouiller, ce qu’il fait alors avec enthousiasme et énergie, mais sans organisation) et où le cerveau gauche devait percevoir son environnement global (ce qu’il ne sait pas faire, il analyse chaque détail et le pose ensuite à côté des précédents) et créer (ce qu’il peut faire, mais où il est limité par le passé, car il reproduit ce qu’il connaît). Une situation inconfortable, pour l’un comme pour l’autre.

À partir de ce moment-là, j’ai décidé d’agir. D’observer quelle part de moi s’implique à chaque instant. De travailler à les laisser s’exprimer dans les circonstances où leurs aptitudes et capacités sont requises. Ce n’est pas une sinécure, et j’ai encore du chemin à parcourir, mais chaque jour est une victoire, car je progresse, pas à pas.

Et chez vous ? Qui est aux commandes ?

*Dessin Pixabay GDJ

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