Aller au contenu

Mon corps le sait

Je suis constipée depuis quelques jours. J’ai toujours eu un transit plutôt lent, mais la chimiothérapie et les traitements annexes ont aggravé la situation jusqu’à un point de non-retour. Après une hospitalisation de dix jours en avril et trois de plus en septembre, j’entre aujourd’hui dans le quatrième jour de constipation. Cela m’angoisse, car je doute de plus en plus de ma capacité à faire ce qu’il faut pour que mon corps retrouve un fonctionnement normal et évacue sans tarder les déchets de ce qui ne lui est pas utile.

En juillet, épuisée par le traitement, j’ai découvert à la bibliothèque le livre de Catherine Aimelet Périssol et Sylvie Alexandre « Mon corps le sait ». Il a révolutionné ma vie. Depuis des années, je collecte les outils dont j’ai besoin, au fur et à mesure de mes rencontres, lectures ou autres expériences. Ce que ce livre en particulier m’a apporté, ce sont les connaissances du fonctionnement de notre corps et de ses besoins, ou plutôt de leur non-satisfaction, car c’est là que les choses se gâtent. Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille de consulter le livre, mais je vais résumer en quelques points ci-dessous ce que j’en ai compris et comment je l’utilise.

« Mon corps le sait », les principes

Prendre conscience que « Mon corps le sait », c’est accepter d’écouter les messages qu’il m’envoie.

AU début de l’histoire, mon corps a trois besoins à satisfaire afin d’assurer la pérennité de la vie et d’optimiser les dépenses énergétiques.

Au premier niveau, le besoin de SÉCURITÉ. Il est scindé entre la stabilité et la liberté.

Au deuxième niveau, le besoin d’IDENTITÉ. Il s’équilibre entre appartenance et différence.

Au dernier niveau, le besoin de RÉALISATION D’ÊTRE. Il est composé de l’harmonie et de l’initiative.

Les alertes concernant nos besoins sont véhiculées par nos perceptions et sensations. Leur vocabulaire est très imagé. Je suis gonflée, à plat, noyée sous un déluge d’obligations, j’en ai plein le dos…

Lorsque les alertes ne sont pas prises en compte, les émotions apparaissent.

Au premier niveau, si le besoin de SÉCURITÉ n’est pas satisfait, ou pas entièrement (par exemple lorsque je dois choisir entre la stabilité et la liberté), la peur s’installe.

Le choix peut m’être imposé par des paroles ou des actes extérieurs, des croyances, des règles familiales ou sociétales. Peu importe. Le seul résultat qui compte ici, c’est que le corps passe au niveau d’urgence supérieur. Un besoin non satisfait est une menace pour sa survie.

Au deuxième niveau, si le besoin d’IDENTITÉ n’est pas satisfait ou pas entièrement (par exemple lorsque je ne peux pas équilibrer appartenance et différence), la colère s’installe.

Au dernier niveau, le besoin de RÉALISATION D’ÊTRE. Il est composé de l’harmonie et de l’initiative. Lorsqu’il n’est pas satisfait, la tristesse s’installe.

Cette histoire de niveau n’est pas anecdotique. Une faille au niveau deux (identité) n’apparaît que si le besoin du niveau un (sécurité) n’est pas satisfait. Cela signifie que derrière la colère, il y a une ou des peurs non résolues et que derrière la tristesse, il y a à la fois de la colère et des peurs. Le niveau d’alerte du corps est alors maximal et occasionne une dépense d’énergie énorme pour gérer l’urgence. Si cet état dure, des dérèglements apparaissent, douleurs, maux et maladies.

« Mon corps le sait », la trame de résolution des souvenirs douloureux

Revenir au besoin non satisfait à partir d’une expérience mémorisée comme insatisfaisante se fait par l’analyse suivante :

– Décrire, le plus factuellement possible, la situation qui a posé problème

– Séparer, dans la situation, ce qui m’appartient de ce qui appartient à l’autre ou à l’extérieur.

– Identifier le bénéfice que j’ai retiré de l’action que j’ai faite (ou pas)

– Accepter le choc ou la chute. Je me suis adapté à une situation donnée du mieux que j’ai pu. Le reste n’était pas envisageable. Nommer les conséquences de ce choc en moi.

– Mettre des mots sur mes besoins.

« Mon corps le sait », mon expérience d’aujourd’hui

Après avoir épuisé les autres recours possibles depuis trois jours pour ma constipation (exercice, laxatifs oraux, modification de l’alimentation dans les limites acceptables pour mon corps qui se remet à peine du traitement par chimiothérapie et compléments alimentaires type psyllium et magnésium), j’ai fini par repenser aux outils de « Mon corps le sait ».

Je laisse venir les souvenirs.

Premier souvenir.

Ma grand-mère paternelle qui me dit que « je suis née du bon côté de la famille » et qui favorise ma cousine. Et moi qui ne dis rien.

Ce qui appartient à ma grand-mère : son choix de rétablir un déséquilibre supposé par un deuxième.

Ce qui m’appartient : l’ignorance de savoir comment gérer ça. Si je suis du bon côté, j’en déduis que ma cousine est du mauvais côté. Mais moi, je le trouve très bien ce mauvais côté. J’apprécie mon oncle et ma tante. J’envie leur vie dans une grande ville, le côté artiste de ma tante et les cours d’équitation de ma cousine.

Le bénéfice que j’en ai retiré : Qu’est-ce que ça me fait d’apprécier ce qui est « mauvais » ? Et de ne pas apprécier ce qui est considéré comme « bon » ? Je ne peux pas le dire, sous peine de m’exposer au jugement, voire pire. Je suis déjà défavorisée, pas la peine d’en rajouter. Je le garde pour moi et je m’épargne d’être jugée.

Les conséquences de ce choc : L’habitude de garder pour moi ce qui pourrait être jugé par l’extérieur. L’habitude d’enfermer les choses.

Nommer les besoins : tous. J’ai bradé ma liberté pour garder la sûreté. J’ai masqué ma différence pour conserver l’appartenance. J’ai rangé mon initiative pour épargner l’harmonie. Strike ! Tant de besoins insatisfaits en une seule petite phrase, ce doit être un record.

Au moment d’écrire la suite de mes expériences, je suis tétanisée par la peur. Plus de quarante ans après les faits, les conséquences de ce choc sont toujours présentes. Le jugement m’inquiète, mais j’ai besoin d’évacuer la tristesse, la honte et la culpabilité, alors je me lance.

Deuxième souvenir.

Je suis à l’IUT. Je passe un week-end à Paris avec deux amis. Le premier soir, alors que je retire un peu d’argent dans un distributeur, un homme s’approche et me demande cinq cents francs. Dans mon petit budget d’étudiante, c’est une sacrée somme. Il me dit qu’il me remboursera. Je ne vois pas comment, mais je me sens coincée et je lui donne.

Ce qui lui appartient : l’audace de demander et le mensonge.

Ce qui m’appartient : l’impossibilité de dire non et de relever son mensonge.

Le bénéfice que j’en ai retiré : j’ai obtenu la paix, il est reparti avec mes cinq cents francs et moi j’ai passé un week-end détestable à m’en vouloir pour ma faiblesse.

Les conséquences de ce choc : j’ai acheté ma tranquillité, mais c’est trop cher payé.

Nommer les besoins : sécurité. J’ai choisi la sûreté plutôt que la liberté.

Troisième souvenir.

Je dois faire une conférence dans un salon. Ce sera une première pour moi, et je ne suis pas à l’aide avec cet exercice. Mon mari à l’époque, qui est formateur en parallèle de son activité indépendante, m’assure qu’il connaît un exercice qui m’aidera. Je décide de lui faire confiance, et je me retrouve en ville, sans sous-vêtements sous ma jupe, mais avec une boule de Geisha bien installée.

Ce qui lui appartient : la manipulation.

Ce qui m’appartient : la tristesse d’avoir accepté l’inacceptable. Non seulement son exercice ne m’a pas aidée, mais il a renforcé la honte et la culpabilité que je ressentais. Pas les meilleures dispositions pour intervenir en public.

Le bénéfice que j’en ai retiré : j’ai une nouvelle fois acheté ma tranquillité.

Les conséquences de ce choc : une nouvelle fois, j’ai évité le jugement, mais à quel prix ?

Nommer les besoins : tous. La culpabilité est le niveau d’alerte suprême. Quand les sensations puis les émotions sont restées sans réponses. Ça fait déjà des années que ça dure, et ce n’est pas terminé.  

Quatrième souvenir.

Je suis chez un copain d’IUT. Il est un peu tard. Il me propose de rester dormir. Il me plaît et nous nous rapprochons. Au moment de passer à l’acte, il me glisse l’air de rien « j’ai une copine que je retrouverai à la fin de mes études ».

Ce qui lui appartient : la malhonnêteté.

Ce qui m’appartient : j’ai l’impression d’être allée trop loin pour reculer et je passe la nuit avec lui.

Le bénéfice que j’en ai retiré : la tristesse d’une première fois qui n’avait rien de ce que j’avais imaginé.  

Les conséquences de ce choc : Un sentiment de trahison et une colère envers moi-même pour m’être mise dans cette situation.  

Nommer les besoins : identité. J’ai masqué ma différence pour conserver l’appartenance.

Cinquième souvenir.

Je fais une centaine de kilomètres pour aller voir un musicien que j’admire au bal du 14 juillet d’une grande ville. À la fin de son set, je le rencontre et nous discutons. Au bout d’un moment, il m’embrasse.  

Ce qui lui appartient : le choix de profiter de sa notoriété, bien qu’il soit marié.

Ce qui m’appartient : J’ai envie d’être désirée, et je suis flattée qu’il s’intéresse à moi. Cela s’arrêtera tout de même à un baiser. J’ai retenu la leçon.  

Le bénéfice que j’en ai retiré : de la culpabilité et de la honte. Ce n’est pas ce que j’étais venue chercher.

Les conséquences de ce choc : La perte de confiance en moi.

Nommer les besoins : réalité d’être. J’ai rangé mon initiative pour épargner l’harmonie.

Sixième souvenir.

Ma nièce se trouve chez nous et ma fille qui a le même âge a du mal à me partager. Mon mari à l’époque me dit que ma nièce ment. Je me sers de ça pour expliquer à ma nièce pourquoi ma fille a droit à quelque chose et pas elle.

Ce qui appartient à mon mari de l’époque : la manipulation.

Ce qui m’appartient : d’avoir cru mon mari de l’époque et de ne pas avoir pris le temps de trouver comment rassurer ma fille autrement.

Le bénéfice que j’en ai retiré : la honte et la culpabilité d’avoir blessé ma nièce pour rassurer ma fille. Cela ne me ressemble pas.

Les conséquences de ce choc : L’habitude de limiter ma parole aux faits durement vérifiés.

Nommer les besoins : réalité d’être. J’ai effacé mon initiative pour épargner l’harmonie conjugale.

Avec ce dernier souvenir, je me rends compte que lorsque j’ai rencontré mon mari de l’époque, la tristesse et la culpabilité étaient déjà présentes. Il a appuyé dessus sans relâche, jusqu’à ce que je prenne conscience du problème (c’est sa contribution). Il a ensuite continué, jusqu’à ce que je prenne conscience que la seule issue possible était le divorce (j’ai repris l’initiative).

« Mon corps le sait » Bilan de mon expérience du jour

Besoin de sécurité incomplet -> PEUR -> trop cher payé = ça m’a pris trop d’énergie

Besoin d’identité incomplet -> COLÈRE -> sentiment de trahison = faire passer l’extérieur avant l’intérieur

Besoin de réalité d’être incomplet -> TRISTESSE -> perte de confiance = je ne peux pas me fier aux informations extérieures.

Revisiter mes souvenirs pour identifier une action alternative qui répondrait à mes besoins :

– Voyage à Paris : refuser et assumer les conséquences.

– Première nuit : reculer et accepter les conséquences.

– Bal du 14 juillet : m’éloigner et éviter les conséquences.

Pour ma sécurité, prendre le temps de trouver l’équilibre qui me convient entre stabilité et liberté.

Pour mon identité, assumer ma différence et m’intégrer dans un groupe (ou le créer ?) qui m’acceptera comme je suis, entièrement et profondément.

Pour ma réalité d’être, continuer à prendre l’initiative du mouvement pour construire mes rêves.

Votre corps le sait. Écoutez-le, et écoutez-vous. Ouvrez votre présent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.