Laissez-moi vivre

Laissez-moi vivre

Laissez-moi vivre. Laissez-moi prendre le temps de m’adapter à ce monde si différent de tout ce que j’ai connu auparavant.
 
Vous faites de votre mieux pour m’inclure et me laisser un espace, mais l’espace que vous me laissez est si vide de votre présence qu’il m’est impossible de le remplir de la même manière.
 
C’est que nos manières de vivre sont si dissemblables qu’elles sont comme des corps étrangers qui cohabitent sans se voir. La plupart du temps, vous ne savez même pas que je suis là.
Ce n’est ni de l’égoïsme de votre part, ni une indifférence envers ce qui vous entoure, simplement le constat clair d’une différence si importante qu’elle n’est pas envisageable.
J’aime prendre mon temps. J’observe beaucoup, et pour utiliser tous mes sens, je peux vous sembler introvertie, mais ce n’est qu’une impression. Lorsque je me révèle, je peux être très bavarde et partager mes secrets sans fausse pudeur et sans retenue. Mais la plupart du temps j’observe.
 
J’aime regarder les étoiles qui brillent dans la nuit. Je remarque la toile humide de rosée d’une araignée au petit matin. Je vois aussi la fatigue qui creuse votre visage et je sens cette impuissance qui vous pèse lorsque vous regardez le monde qui nous entoure.
J’ai horreur des cadres. La rigidité révèle ma part d’ombre. Celle qui s’englue dans une étroitesse qui ne me convient pas. Celle qui s’asphyxie lorsque son mouvement est contraint, dirigé, canalisé.
 
Je ne crains pas l’ombre. Elle est aussi nécessaire que la lumière dans l’équilibre du vivant, comme la saveur de la vie terrestre est appréciée à l’aune de sa fin. Mais pour bien la regarder, il faut la laisser vivre, la voir s’accommoder de la lumière, la contempler sereine, à peine un peu plus claire que tout à l’heure, et pourtant si différente. Nul besoin de se complaire dans sa noirceur la plus totale, car elle se fond dans la lumière à mesure que celle-ci gagne du terrain.
 
Laissez-moi être. Différente. Libre. Aimante aussi. Passionnée parfois. Joyeuse souvent.
 
Laissez-moi vivre. Peut-être pas selon vos coutumes ou vos standards, mais selon mon âme.
 
Laissez-moi aimer. Avec mes doutes et mes peurs, avec mes impatiences et mes secrets.
 
Laissez-moi déborder des cadres et refuser les habitudes. Accompagnez-moi dans cette redécouverte de qui je suis et de qui vous êtes. Suivez-moi dans cette merveilleuse aventure de la vie, avec ses obstacles et ses réussites, avec ses doutes et ses douleurs.
 
Ecoutez ce soir le chant de l’eau. Celle qui ruisselle sur votre paroi de douche et celle qui gronde dans les chutes du Niagara. Je suis la goutte de rosée du matin et l’immensité des océans. Si changeante et si subtile que vous n’aurez l’essence de ce que je représente que lorsque vous cesserez de me mettre en bouteille pour m’approcher au naturel, sans subterfuge, sans faux-semblants, et avec votre âme plutôt qu’avec vos certitudes.