Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 9

Un mensonge peut en cacher un autre

 

Chapitre 9) Une pointe de jalousie…

Le jour où Lila pénétra en trombe dans la boutique, Bruno sut que les ennuis commençaient. Elle était vraiment jolie en colère. Il se demanda pourquoi il n’avait pas fait attention à elle plus tôt. Au fond de lui, il savait bien que tant qu’il n’avait pas décider de quitter sa femme, son esprit n’était pas libre pour penser à quelqu’un d’autre, mais ce jour-là devant la tornade magnifique qui venait d’entrer, il se dit que décidément les hommes sont idiots.

« Lila ! Bonjour, que puis-je faire pour toi ?

— Bonjour Bruno. Où est Tristan ? » À peine ralentie par le ton chaleureux de Bruno, Lila restait concentrée sur son objectif. Elle n’y comprenait plus rien. Après la bonne soirée qu’ils avaient passé au VGA, elle avait parlé à Tristan presque tous les jours pendant près d’une semaine puis, soudain, plus rien. Elle ne s’en était pas inquiétée outre mesure. Un article de fond à préparer pour le journal avait nécessité quelques voyages à l’étranger, mais elle était rentrée depuis quatre jours et elle n’avait même pas réussi à le joindre au téléphone. Il ne répondait pas à ses appels, ne la rappelait pas, bref il n’avait donné aucun signe de vie depuis un mois. C’était déjà arrivé, mais toujours lorsqu’il avait… oh non… une nouvelle conquête !

« Il n’est pas là.

— Quand revient-il ?

— Je ne sais pas.

— Ne me raconte pas d’histoires Bruno. Si tu sais où il est, dis-le-moi ! Il ne serait pas parti sans te laisser d’indications, ce n’est pas son genre.

— Et bien, dans ce cas, il faut croire que les gens changent… » Lorsque Lila tourna les talons, furieuse de ne pas avoir obtenu de réponse, Bruno soupira. Il ne lui avait pas menti. Tristan était de moins en moins présent à la boutique. Bruno avait même embauché sa tante Marthe pour le remplacer sur les livraisons clients, car il n’arrivait pas à suppléer seul le désintérêt de son ami.

Il ne l’avait pas vu depuis deux jours. Tristan passait de temps à autre, mais se créer une fausse identité de journaliste végétarien lui prenait beaucoup d’énergie. Les premiers temps, il avait navigué de la boutique à Isabelle, s’épuisant à se scinder en deux pour concilier ses rêves et ses mensonges. Il ne concevait pas de vivre sans son métier, mais Isabelle lui devenait elle aussi indispensable et il ignorait comment combiner les deux. En théorie, ça ne semblait pas compliqué, car les clients de la boucherie n’étaient pas forcément clients du restaurant. Les deux mondes cohabitaient, mais se mélangeaient peu. Sa hantise était qu’Isabelle le voit un jour en passant devant la boutique et il ne pouvait pas non plus envisager qu’elle le croise dans la camionnette de livraison à l’effigie de la boucherie. Il avait donc commencé par se retirer dans son atelier, sauf pendant les horaires où il était certain qu’elle était au restaurant. Mais ensuite, il s’était rendu compte que d’autres aménagements étaient nécessaires pour que son histoire soit crédible. Il n’avait pas pu inviter Isabelle chez lui sans préparation. Qu’aurait-elle dit en ouvrant le frigo si elle s’était trouvée nez à nez avec un saucisson ou un pâté en croûte ? Il avait commencé par ôter tout ce qui était viande et charcuterie de son appartement. Puis il avait racheté des céréales, fruits et légumes pour remplir les étagères. Pour s’adapter au mode de vie d’Isabelle, il était passé au bio, mais il perdait du temps par manque d’habitude. Comme les recettes de Lila lui semblaient simples lorsque c’est elle qui cuisinait ! Il avait consacré des heures à tester des plats, à faire le tri entre ce qui était mangeable et ce qu’il ne supportait pas. Heureusement pour lui, les années partagées avec Lila, dans les bons et les moins bons moments, lui donnaient une trame parfaite pour son rôle.

En comparaison, s’imaginer journaliste avait été moins difficile. Il avait souvent relu les articles de Lila, participé à leur construction en l’écoutant raconter une histoire et en posant les bonnes questions. Il avait prétendu écrire sous un pseudonyme pour faciliter ses recherches, utilisant le nom d’un collègue de Lila qu’il avait rencontré plusieurs fois et qui ne risquait pas de mettre les pieds au VGA. Le seul problème est qu’il était journaliste sportif. Tristan devait maintenant se tenir au courant des moindres matchs et évènements, régionaux et nationaux pour pouvoir en discuter avec Isabelle qui pensait lui faire plaisir en lisant toutes ses rubriques.

Il avait du mal à tout gérer. Comme il avait confiance en Bruno pour l’organisation de la boutique, Tristan la lui avait complètement abandonnée, non sans remords, mais avec une certaine tranquillité d’esprit. Il ne pouvait pas se permettre de naviguer à vue. Jamais il n’aurait cru que ce petit mensonge allait envahir sa vie de cette manière. Lorsqu’il regardait une comédie romantique au cinéma ou à la télévision, tout avait l’air tellement simple… Les gens mentaient et racontaient des histoires invraisemblables sans que cela leur pose le moindre problème. Soit il n’était pas fait pour avoir une double vie, soit les scénaristes manquaient d’imagination pour créer des fictions plus proches de la réalité ! Lui n’osait même pas en parler à sa meilleure amie, Lila, de peur d’avoir un retour sur la situation qui lui déplairait encore plus que les regards consternés de Bruno.

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