Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 8

Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 8

Un mensonge peut en cacher un autre

Une histoire de Sandrine Walbeyss

Chapitre 8) Un petit mensonge

 
 
Lorsque Bruno arriva à la boutique ce matin-là après avoir livré sa dernière cliente, il trouva que Tristan n’était pas tout à fait dans son état habituel. Il semblait plus joyeux, comme si une nouvelle énergie avait pris possession de son corps, mais il avait pourtant l’air soucieux.
 
Depuis le temps qu’ils se connaissaient, Bruno ne prenait plus de pincettes avec son ami. Dès qu’il y eut un creux avec les clients, il se rendit dans l’atelier pour en avoir le cœur net.
 
« Alors Tristan, que se passe-t-il ?
– De quoi veux-tu parler ? »
Aïe ! S’il commençait déjà à nier l’évidence, ça devait être sérieux. Mais Bruno n’entendait pas se laisser décourager pour si peu. Il décida cependant de changer de stratégie pour mettre toutes les chances de son côté.
« Quelle est la bonne nouvelle ?
– La bonne nouvelle ? » Cette fois Tristan était surpris de la question. Un grand sourire éclaira son visage. « J’ai rencontré quelqu’un.
– Cette femme qui te faisait oublier tes clients ?
– Oui.
– J’en déduis donc que tu l’as revue et que ton intérêt est partagé ?
– Hmm. Très largement partagé même… »
Bien. Le sourire encore plus large de son ami le renseignait sur ce qu’il ne disait pas. Il avait passé une bonne soirée, et peut-être même plus, en excellente compagnie. Voilà qui expliquait l’énergie et la gaieté, l’amour avait toujours donné des ailes à Tristan. Restait maintenant à explorer le côté sombre.
 
« Qu’est-ce qui cloche alors ?
– Rien. » Si Bruno n’avait pas aussi bien connu Tristan, il serait peut-être passé à côté de la micro seconde de retard à répondre. Il lui cachait quelque chose, c’était certain, mais il allait devoir emprunter des chemins détournés pour connaître le fin mot de l’histoire.
 
« Que fait-elle dans la vie ? Comment s’appelle-t-elle ? Dis m’en un peu plus !
– Elle s’appelle Isabelle, elle est divorcée, sans enfants et elle vient d’ouvrir un restaurant.
– Lequel ? Je le connais ?
– Non je ne pense pas.
– Lequel est-ce ? J’irai tester. J’imagine que tu as goûté sa cuisine ?
– Oui. C’est très bien. C’est le VGA. » Les derniers mots à peine chuchotés avaient alerté Bruno. Il avait déjà entendu ce nom, mais où ? Il s’en rappela soudain. Le restaurant végétarien de Lila ! Elle n’avait parlé que de ça pendant deux semaines, essayant de le convaincre de mentir à Tristan pour qu’il accepte d’aller dîner là-bas. Mais alors si c’était le VGA…
 
« Donc elle est végétarienne ?
– Evidemment.
– C’est chouette que ça ne la dérange pas que tu sois boucher. J’en connais pas mal qui n’auraient pas l’esprit aussi ouvert, d’un côté comme de l’autre. » Au moment où il prononçait ces mots, Bruno vit son ami se ratatiner derrière sa table.
« Tu lui as dit bien sûr ? Tu n’as pas pu passer ça sous silence quand même ? Où alors la rencontre a été brève. Vous n’avez pas pu passer toute la soirée ensemble sans parler de ce que vous faites dans la vie, de ce qui vous intéresse, de ce qui vous rend triste… Tu ne lui as rien dit ?
– Si.
– Ouf ! Tu m’as fait peur Tristan ! J’ai vraiment cru que tu lui avais caché ton métier.
– Je lui ai dit que j’étais journaliste. » Bruno était prêt à exploser devant tant de bêtise quand il regarda Tristan, perdu entre ce mensonge et la joie de cette rencontre. Cette toute petite phrase, prononcée si doucement, contenait toute la misère du monde comme aurait dit Marthe. C’est cela qui pesait sur les épaules de Tristan depuis ce matin. Bruno remballa ses reproches. Tristan s’en voulait bien assez, il n’était pas nécessaire qu’il en rajoute.
 
« Que comptes-tu faire ?
– Je ne sais pas. Je n’ai aucune solution. Si je lui dis maintenant elle m’en voudra de ne pas lui avoir dit plus tôt. Si j’attends un peu et que nous nous connaissons mieux elle arrivera plus facilement à faire la part des choses, non ?
– Tu sais ce que j’en pense Tristan. Un petit mensonge reste un mensonge et on ne construit pas une histoire solide sur une fable, aussi jolie soit-elle. J’en sais quelque chose. Mais c’est toi qui vois.
– Tu m’aideras alors ?
– Bien sûr. Tant que tu ne me demandes pas de mentir pour toi. »
 
 
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