Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 16

Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 16

Un mensonge peut en cacher un autre

 

Chapitre 16) Moment de doute

Tristan était décomposé. L’invitation transmise par Isabelle avait tout d’un traquenard. Il voyait déjà la scène. Lila et Bruno qui les attendaient, prêts à clouer au pilori leur menteur d’ami, prenant plaisir à le mettre mal à l’aise et à dénoncer ses mensonges.

Il n’y avait qu’une solution. Annuler le dîner. Il avait bien compris à sa joie qu’il n’était pas question de dissuader Isabelle d’y aller. Il fallait donc que ça vienne des instigateurs, c’est-à-dire Lila et Bruno. Comme la soirée devait avoir lieu chez lui et que, malgré tout, il appréhendait moins l’avis de Bruno que celui de Lila, c’est vers lui qu’il se dirigea. Lorsqu’il arriva devant la boutique, Tristan eut un pincement au cœur. Il se rappelait les rêves qu’il y avait mis. Les heures passées à construire le projet avec Bruno et Lila. Les jours et les semaines qui avaient été nécessaires pour transformer un vieil atelier de mécanique en une boucherie-charcuterie pimpante et moderne, avec la touche de déco vintage qui rassurait les clients.

Voyant son ami les accueillir avec le sourire, il mesura ce que son mensonge lui avait coûté. Malgré tout, il avait quitté Isabelle depuis quelques minutes à peine et elle lui manquait déjà. Sa décision était prise.

Lorsque Bruno aperçut Tristan devant la vitrine, il savait à quoi s’attendre. Ils en avaient beaucoup parlé avec Lila et il était préparé. Il l’observait du coin de l’œil en servant les clients et il le trouvait fatigué. Pas étonnant avec l’existence qu’il menait. Même s’il avait presque entièrement laissé tomber la boucherie, vivre une double vie devait être épuisant. Bruno imaginait les efforts que cela exigeait de lui pour faire ses courses à des endroits où il ne connaissait personne. Il lui aurait été difficile d’expliquer à Isabelle pourquoi les gens le saluaient et lui demandaient quand il reviendrait à la boutique. De son côté, Bruno avait été évasif avec ceux qui posaient la question. Tristan avait des problèmes personnels et prenait un peu de temps pour lui. Il régulariserait les choses lorsque la situation serait éclaircie, dans un sens ou dans l’autre. Bruno espérait que la soirée serait productive. Lui aussi commençait à fatiguer. Quand il s’était associé à Tristan, il n’avait pas envisagé de porter le poids de la boutique seul et il regrettait leur belle entente. Lui aussi avait des problèmes personnels à gérer et il aurait bien aimé souffler un peu.

Lorsque la porte s’ouvrit sur Tristan qui salua le dernier client, Bruno était prêt. « Salut Tristan.

— Bruno.

— Comment vas-tu ? » Tristan leva les yeux vers son ami, cherchant à deviner ce qu’il y avait derrière la question. Mais le regard de Bruno avait sa sincérité habituelle.

« ça va. Et toi ?

— Moyen. C’est un peu chargé ici, et j’ai quitté Sophie.

— Oh. Je suis désolé. » Tristan se rendait compte qu’il n’avait pas été présent au moment où son ami avait besoin d’aide. Il en était profondément attristé, mais il avait déjà bien assez de mal avec sa vie.

« Pas moi, je te rassure. Mais il y a pas mal de choses à gérer. Que puis-je faire pour toi, Tristan ? Je suppose que tu n’es pas venu pour travailler ?

— Non. Il faut que tu annules le dîner avec Lila et Isabelle.

— Il n’en est pas question.

— Pourquoi ? Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il ait lieu maintenant ou plus tard ?

— Justement. Ça ne fait rien, donc autant le faire maintenant. Isabelle est libre et Lila aussi, donc c’est parfait. Tu n’as plus envie de voir tes amis ? »

Tristan était piégé. Que répondre à ça ?

« Si, bien sûr. C’est juste que…

— Que ?

— Et bien, tu sais, compte tenu de la situation…

— Hmm. Tu veux dire que comme tu as menti à Isabelle, tu ne voudrais pas que nous vendions la mèche, c’est bien ça ?

— Heu… oui. » Tristan n’était pas fier de lui, mais il n’avait pas assez d’énergie pour se battre. Si Bruno voulait qu’il le lui demande à genoux, il était prêt à le faire, mais il ne fallait pas qu’Isabelle apprenne la vérité.

Bruno observait son ami, consterné. Que lui était-il arrivé ?

« Si je te promets que nous ne dirons rien, viendras-tu ? Nous ne mentirons pas pour toi ni sur nous-mêmes, mais nous ne ferons rien de délibéré pour te mettre mal à l’aise. »

Tristan avait retrouvé quelques couleurs en écoutant Bruno. Il s’en voulait d’avoir douté de ses amis, mais à la vue de ce que lui était capable de faire, pris au piège de ses mensonges, il doutait de tout et de tous. « Merci. »

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