Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 14

Un mensonge peut en cacher un autre – chapitre 14

Un mensonge peut en cacher un autre

Une histoire de Sandrine Walbeyss

Chapitre 14) Piégé

 
 
Lorsque Tristan reconnut le numéro de Lila sur son téléphone, il décida de ne pas décrocher. Il était fatigué de cette situation qui l’éloignait de ses amis et de son travail. Il n’avait pas envie de se fâcher avec elle une fois de plus. Il la connaissait trop bien pour se faire des illusions sur la manière dont elle recevrait la nouvelle de son petit mensonge qui avait pris des proportions effrayantes. Il savait aussi qu’un jour elle verrait le comique de la situation, mais il était trop épuisé pour avoir les ressources nécessaires pour en arriver jusque là.
 
Il était bloqué dans une situation sans issue. Plus les jours passaient et plus il aimait Isabelle. Elle était charmante, intéressante, facile à vivre. Il adorait le soin qu’elle mettait à choisir ses produits et à concocter ses menus. Sa connaissance des producteurs locaux et des assemblages culinaires. Sa curiosité envers tout ce qui se présentait, comme en témoignait l’intérêt nouveau qu’elle portait au sport pour faire plaisir à Tristan.
 
D’un autre côté, plus il aimait Isabelle et plus ce petit, tout petit mensonge prenait de la place et l’éloignait de lui-même. Il passait de moins en moins de temps à l’atelier et à la boutique pour préparer les produits et ça lui manquait. Il avait pleinement confiance en Bruno pour tout gérer, mais celui-ci ne vivait pas à la place de Tristan. Et puis cette orgie de sport, il n’en pouvait plus.
 
Lila n’avait pas laissé de message. Il n’en était pas surpris. Il n’avait répondu à aucun de ceux qu’elle lui avait laissé depuis des semaines, elle se lassait, c’était normal. Il soupira. Il ne voyait aucun moyen de sortir de la situation sans dommages. A moins que peut-être…
 
Une idée venait de traverser son esprit. Isabelle ne lisait jamais les pages sport du journal avant de le rencontrer. Donc s’il lui disait qu’il avait été licencié, elle ne verrait jamais que des articles à ce nom continuaient de paraître. L’issue était intéressante. Plus de sport, plus de journal.
 
En considérant qu’il était en place depuis des années dans la fable qu’il lui avait raconté, il devait pouvoir arrêter d’ici trois mois s’il lui annonçait sans tarder. Ou peut-être pouvait-il démissionner ? Cela lui ferait gagner quelques semaines, mais imposait d’avoir un emploi pour remplacer. Aurait-il le courage de lui parler de la boucherie ? Certainement pas. Il avait rencontré quelques amis d’Isabelle et elle était beaucoup plus tolérante qu’eux. Pas question qu’il se mette tout le monde à dos en avouant qu’il n’était pas végétarien.
 
Tristan eut soudainement peur. S’il n’osait pas dire qu’il était boucher de peur de perdre Isabelle maintenant, comment lui avouer plus tard ? Est-ce que cela le condamnait à abandonner son métier ? Cette passion qu’il avait mis si longtemps à trouver ?
 
La notion de choix cornélien devenait subitement claire à ses yeux. Serait-il capable un jour de choisir entre ces deux amours sans que les regrets de ce qu’il avait perdu ne viennent peser sur ce qu’il avait décidé de garder ?
 
 
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