Un mensonge peut en cacher un autre – Chapitre 1

Un mensonge peut en cacher un autre – Chapitre 1

Introduction

 
Je vous propose aujourd’hui la lecture d’un très court roman que j’ai écrit pour un concours il y a quelques mois. Il se compose de 17 chapitres qui font chacun l’objet d’un « article » afin de garder un certain confort de lecture. Un chapitre sera publié chaque jour jusqu’à atteindre la fin de l’histoire. Vous aurez donc le choix de lire l’ensemble ou une sélection, voire de commencer par la fin…
Bonne lecture !
 
 

Un mensonge peut en cacher un autre

Une histoire de Sandrine Walbeyss

Chapitre 1) Tristan

 
 
Tristan avait fini par céder. Au bout de deux semaines, ayant épuisé toutes les excuses qu’il avait osé lui présenter, il avait rendu les armes. Fallait-il qu’il aimât Lila pour se rendre dans un restaurant végétarien !
 
Il connaissait Lila depuis trente ans et elle était sa meilleure amie. Ils ne s’étaient jamais perdus de vue depuis leur rencontre à l’école maternelle. Ils s’étaient suivis jusqu’au lycée, puis, malgré leurs différences de parcours, étaient toujours restés en contact. C’est Lila qui avait consolé Tristan lors de chacune de ses ruptures amoureuses. C’est encore elle qui lui avait remonté le moral lorsqu’il avait été licencié de son poste d’ingénieur en informatique. Et elle qui lui avait ouvert les yeux sur l’illusion de bonheur qu’il considérait comme sa vie. Sans elle il serait encore à l’étroit dans les transports en commun parisiens, le nez sur son téléphone, à essayer de ne pas perdre le fil des informations minutes et des nouvelles essentielles d’un monde trop pressé pour prendre le temps de vivre.
 
Tristan passa en revue la boutique, pour vérifier que tout était en ordre avant de fermer. Bruno, son associé, était parti de bonne heure car il s’occupait des livraisons à domicile. C’est lui qui en avait eu l’idée et ça fonctionnait très bien. Leurs premiers clients avaient été des personnes âgées qui peinaient à se déplacer et appréciaient ce service sur mesure. D’autres avaient suivi, même parmi les jeunes et moins jeunes cadres dynamiques, et leur faisaient confiance pour la qualité de leurs produits artisanaux et régionaux.
 
Il ferma la porte sans oublier de descendre le rideau de fer et prit la direction de l’appartement de Lila. Elle était revenue dans la région depuis trois ans, ayant elle aussi quitté la vie parisienne pour l’Auvergne sans regrets. Avec son expérience, elle avait décroché sans difficultés un poste de journaliste au quotidien régional, la Montagne, où elle s’occupait de la rubrique économie. Ce qui lui manquait le plus, c’était le choix de la capitale en termes de restaurants alternatifs. Lila avait en effet cessé de manger de la viande depuis près de dix ans, après une indigestion liée à l’absorption massive de viande et de charcuterie lors d’un mariage d’amis communs. Tristan avait eu beau lui expliquer qu’une indigestion n’était aucunement liée à la qualité de la viande ingérée mais plutôt à sa quantité, elle n’avait pas voulu en démordre. Du jour au lendemain, elle qui était aussi friande de saucisson que de pot-au-feu avait décidé d’arrêter complètement tous les produits carnés. Tristan savait combien les mois suivants avaient été difficiles, lui qui était passé la voir chaque jour pour l’empêcher de déprimer car elle ne sortait plus pour ne pas être tentée de replonger.
 
L’ouverture de ce nouveau restaurant végétarien en ville était donc un cadeau pour elle et elle insistait pour y emmener Tristan depuis des jours. Reconnaissant que Lila était de bonne composition et qu’elle ne se formalisait pas lorsqu’il y avait de la viande aux repas qu’il organisait chez lui, il trouvait normal de la soutenir, même s’il avait repoussé le plus longtemps possible la mise en application concrète de son principe. Ce n’est pas qu’il craignait de manger des légumes ou des céréales, il devait reconnaître que la cuisine végétarienne était souvent bien assaisonnée et cuisinée, mais plutôt qu’il ne voulait pas tomber sur des intégristes qui auraient tenté de le convertir. Ils n’avaient aucune chance et Tristan ne voulait pas entrer dans un débat inutile et stérile où les deux parties seraient convaincues d’avoir raison. Depuis sa reconversion comme boucher-charcutier, il était heureux. Fier de sa jolie boutique et de la viande de qualité qu’il vendait. Et il n’était pas prêt à devenir végétarien.
 
 
 
 
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