Trouver un éditeur

Trouver un éditeur

Un article de Sandrine WALBEYSS.

Tout aspirant écrivain en a rêvé un jour, mais peu sont les élus qui ont eu la chance de le réaliser.

Trouver un éditeur reste un parcours du combattant, pour la grande majorité des écrivains qui ne se sont pas fait un nom par ailleurs (et sont devenus de ce fait « bankable » selon un terme à la mode).

Certains surfent sur cette difficulté pour proposer des solutions alternatives, l’auto édition, l’édition participative, l’édition à compte d’auteur… Je trouve la diversité de ces offres intéressantes, car nous sommes tous différents, et chacun aura une chance d’y trouver sa place. Mais dans un milieu chamboulé par l’arrivée des livres numériques, et où n’importe quel vendeur d’électro-ménager en ligne se prétend expert en littérature, à nous de savoir décrypter les promesses et les offres alléchantes pour choisir en connaissance de cause ce que nous souhaitons faire.

Je souhaite partager mon expérience avec vous, sur le déroulement de cette recherche, vous vous y retrouverez sans doute, à un moment ou un autre.

 

Etape 1 : J’ai écrit un livre, je l’ai fait lire à quelques proches pour avoir des premiers avis, et je pense qu’il est suffisamment intéressant pour l’envoyer à des éditeurs.

 

Mon ego me dit qu’il est largement aussi bon que certains livres parus chez de grands éditeurs, que mes idées sont révolutionnaires et que je dois foncer, la gloire et la renommée n’attendent que moi. Même si mon intuition est beaucoup plus réservée à ce sujet (elle s’en fiche d’arriver la première, pour elle ce qui compte c’est d’arriver), je sens bien que c’est une étape nécessaire et je me lance.

Le premier pas est de chercher à qui je peux l’envoyer. On a l’impression de connaître les éditeurs, mais on en connaît en général seulement une dizaine. Ceux qui sont très médiatiques car ils ont des auteurs connus, alors qu’il y a en des centaines, régionaux, spécialisés ou généralistes. Il faut donc prendre le temps de les découvrir, de regarder leur catalogue, s’ils acceptent les manuscrits…

Il ne sert à rien d’envoyer un manuscrit de science fiction à un éditeur spécialisé en littérature française. Quelle que soit la qualité du manuscrit, la réponse sera toujours négative.

Quand on connaît l’investissement en temps (recherche, rédaction de la lettre d’accompagnement…) et financier (coût de l’impression ou de la copie, envoi postal…) d’un envoi, mieux vaut bien cibler sa recherche pour mettre toutes les chances de son côté. A l’heure actuelle, la plupart des éditeurs a un site de présentation bien renseigné.

Sélectionner les éditeurs qui correspondent au style de l’ouvrage, noter leurs demandes au niveau de la présentation des manuscrits et les suivre sera la garantie de la prise en compte de notre envoi, qui est une première étape.  Vous voulez qu’ils lisent votre œuvre ? Commencez par lire leurs demandes, eux aussi ont pris du temps pour indiquer ce qu’ils attendent d’un envoi.

Il faut ensuite préparer sa lettre de présentation. Tout le monde a son avis sur la question, et vous trouverez de nombreux articles pour en parler (même des formations pour bien la faire). A mon avis, il faut que cette lettre vous ressemble et qu’elle soit honnête. Il ne sert à rien de cirer les pompes de la maison d’édition en question si vous ne la connaissiez pas avant de tomber par hasard sur leur site internet, mais cela ne vous empêche pas de noter ce qui vous intéresse dans leur démarche et pourquoi vous leur écrivez. Parlez aussi de vous, ni trop ni trop peu, mais assez pour leur donner envie de lire ce que vous avez envoyé. Soignez la présentation. Nul besoin de nœuds roses pour se faire remarquer, mais une typographie lisible, sans fautes et organisée en paragraphes sera appréciée.

 

Etape 2 : J’ai envoyés mes lettres (ou mails). J’attends les réponses.

 

A ce moment du chemin, il faut s’armer de patience. Certains grands éditeurs reçoivent plusieurs centaines d’envois par mois, les plus petits en reçoivent moins mais ont aussi moins de personnel, il peut se passer jusqu’à 8 ou 9 mois entre un envoi et une réponse, lorsqu’il y en a une.

La plupart des éditeurs accusent réception de l’envoi par mail, et vous indiquent si la réponse est systématique, ou si l’absence de réponse au-delà d’un certain délai est un signe de refus. Même si votre ego est certain que vous aurez des réponses (forcément positives), envisagez cependant les 2 cas de figure, cela vous évitera d’être déprimé à chaque nouvelle lettre de refus. Pour ma part j’ai fait un petit tableau excel ou j’indique à quel éditeur j’ai envoyé le manuscrit, à quelle date, sous quelle forme (papier, mail, site internet), la date de l’accusé de réception, et la date limite (4 mois, 6 mois…) pour une réponse. Cela me permet aussi de savoir où j’en suis, et de ne plus envoyer plusieurs fois le même manuscrit à un éditeur, oups.

La meilleure manière de patienter est d’avoir de quoi s’occuper l’esprit (activités autres que l’écriture), et d’être suffisamment nourri par le projet d’écriture en lui-même pour ne pas s’arracher les cheveux à un nouveau passage du facteur sans lettre.

Si vous avez du mal à être patient, ne vous inquiétez pas, cela viendra naturellement au bout de quelques semaines, car notre esprit n’est pas fait pour attendre en vain quelque chose à ce point hypothétique, et vous finirez par (presque) oublier cet envoi jusqu’à l’arrivée du facteur avec une lettre à en-tête d’un des éditeurs à qui vous aviez envoyé votre manuscrit…

 

Etape 3 : Je reçois les premières lettres / premiers mails.

 

Passée l’agréable surprise d’avoir une réponse, rapide, par courrier (ça fait sérieux), votre esprit fécond (vous avez l’habitude d’écrire des histoires) a déjà fait le tour de ce qui peut se trouver à l’intérieur, tentant de soupeser le poids du courrier, sa taille et la notoriété de la maison d’édition pour deviner ce qui se trouve à l’intérieur de l’enveloppe que vous venez d’ouvrir.

Si comme moi vous débutez, vous avez sans doute envoyé votre œuvre à des éditeurs qui ont une belle page de présentation pour indiquer qu’ils recherchent des auteurs, tous styles confondus, et qu’ils promettent une réponse rapide (promesse tenue pour ceux à qui j’avais écrit !).

Une fois le courrier ouvert, vous lisez avec attention le contenu de l’envoi. Pour les éditeurs qui m’ont répondu le plus rapidement et par courrier, la réponse a toujours été positive, avec de jolis commentaires sur mon écriture, malgré des problèmes d’orthographe pour lesquels ils me conseillaient de faire relire mon texte par un professionnel, pour un coût supplémentaire à ajouter au montant indiqué de l’édition participative.

Cette formule peut être intéressante si vous avez des moyens financiers, ou de nombreux amis prêts à souscrire à l’avance à votre livre. Puisque vous avez investi dès le départ, les droits d’auteur qui vont sont ensuite reversés sont supérieurs à une édition « à compte d’éditeur ».

A ce stade, mon ego malmené par une attente qui lui semblait interminable oscillait entre la satisfaction d’avoir des réponses positives et l’impression qu’on cherchait à faire de moi une vache à lait.

Sans dire que j’écris parfaitement (je suis très lucide sur mon style peu littéraire), j’ai toujours eu de bonnes notes en français, et m’entendre dire qu’il y a beaucoup de fautes me semble loin du compte… De toute façon, n’ayant pas un sou d’avance pour participer à l’édition de mon livre (ni le temps et l’énergie de trouver des souscripteurs pour cette première mise de fond), la question a été vite réglée. J’ai envoyé un mail aux éditeurs en question, les remerciant de leurs offres, et j’ai bien retenu la leçon. Un éditeur qui a une page très visible et lisible et recherche des auteurs est, d’après mon expérience, souvent une maison d’édition participative. Le savoir vous permettra de les cibler si vous le souhaitez, mais de ne pas perdre votre temps si comme moi vous ne souhaitez (ou ne pouvez) pas investir financièrement dans un tel projet.

 

Etape 4 : Je reçois un mail d’un éditeur qui me dit être intéressé et me demande de le rappeler.

 

Première réaction, c’est une blague ? J’ai envoyé mon premier livre à 12 éditeurs, avec quelques réponses encourageantes, mais aucune positive à l’exception de celles citées ci-dessus. J’ai aussi envoyé celui-ci à une dizaine d’éditeurs, en deux fois, avec des recherches sur les pages jaunes, et l’envoi à cet éditeur (par mail) date de la veille au soir seulement !

Je retourne voir sur le site de l’éditeur, les informations sont bien là, ça a l’air sérieux, et puis après tout mon livre n’était pas très long et (j’ose le croire) facile à lire. Ma matinée est libre, j’appelle.

Là je tombe sur une femme charmante, éditrice d’une maison d’édition régionale, investie dans la défense des droits d’auteur (c’est une des choses qui m’avait attirée sur son site). Elle m’explique que mon texte est moins littéraire que ceux qu’elle publie d’habitude, mais qu’il y a quelque chose, qu’il est intemporel. Elle me parle de mon orthographe, où en première lecture elle n’a pas noté de fautes, et de ma tendance à oublier les tirets (dans les inversions sujet-verbe, les prénoms ou noms composés…). Mon ego est rassuré par son accueil, et quand elle me signale le problème des tirets, je me vois très clairement taper mes textes sans aucun tiret

Elle m’explique comment les choses pourraient se passer, me dit que le texte sera à retravailler (surtout la fin à étoffer) et me donne des conseils de relecture. Lorsque je raccroche, presque une heure plus tard, je ne sais plus où j’habite.

Je suis ravie de cet échange, soulagée aussi d’avoir enfin un oui, et surtout je comprends à ce moment-là, à quoi sert un éditeur. Ce n’est pas juste un nom sur la couverture d’un livre. Un éditeur c’est un professionnel qui a un regard à la fois bienveillant et critique sur ce que vous lui proposez. C’est lui qui va vous aider à progresser, à aller un peu plus loin que le confort d’une écriture intuitive ou d’une longue habitude.

Suite à cette discussion, j’ai laissé passer un peu de temps, car je ne voyais pas comment étoffer la fin de ce livre, mais j’avais reconnu la valeur des conseils donnés, et lorsque j’ai démarré, l’idée est arrivée et s’est imposée. Le résultat était en effet bien meilleur…

 

Etape 5 : Accepter ou refuser un contrat d’édition.  

 

La dernière étape de cette recherche s’achève logiquement au moment où on vous propose un contrat d’édition, ou en tout cas que vous avez un contact avec un éditeur potentiellement intéressé.

Mais elle ne s’achève pas forcément sur un oui.

Même si c’est ce que vous voulez depuis des mois, voire des années, que vous avez enfin cette possibilité, posez-vous la question. Allez-vous signer avec l’éditeur, non pas dont vous rêviez, mais qui vous correspond, ou est-ce un choix par défaut, puisque c’est la seule réponse positive que vous ayez ?

Il peut être difficile et douloureux d’y répondre, mais pour moi c’est une étape nécessaire pour ne pas regretter un choix plus tard. Avant d’avoir le retour positif de cette maison d’édition, je me revois très clairement un jour me dire « j’aimerai tellement avoir un retour positif, de n’importe quelle maison d’édition ». Une fois cet appel reçu, il fallait que je me pose la question. Etais-je prête à signer parce que c’était la seule offre que j’avais ?

Ce n’était pas le seul point positif, puisque les conseils et le contact avec l’éditrice avaient été motivants, mais ça ne suffisait pas pour que je me lance dans l’aventure à ce moment-là. C’est un choix qui n’a pas été facile, mais que je ne regrette absolument pas, d’autant que ma première expérience de publication avec un éditeur sera tout de même avec cette maison d’édition, suite à un concours de nouvelles…

 

En résumé :

 

Trouver un éditeur est un travail de longue haleine. Il demande un investissement personnel pour bien cibler les éditeurs potentiels, de la patience et de la persévérance.

SI vous avez envie d’écrire et d’être édité, continuez. Soyez lucide sur vos forces et vos faiblesses. Ecoutez les (bons) conseils des professionnels que vous croiserez et appliquez-les si vous souhaitez progresser et atteindre votre objectif.