Réfractaire

Réfractaire, un texte de Sandrine WALBEYSS

Je déteste les voyages.
 
Ça va sans doute surprendre ceux qui m’ont suivie d’un côté à l’autre de la Terre, sans cesse en mouvement, à imaginer dès l’arrivée au point A le point B à atteindre.
Moi aussi j’ai couru après les chimères. J’ai cherché ailleurs une autre vérité, un autre bonheur. J’ai fait de belles rencontres, de celles qui illuminent une journée. Celles qui effacent pour un instant le vide incommensurable qui s’est créé lorsque je suis partie.
 
Partir n’est jamais anodin. Se couper de ce que l’on a atteint si difficilement est parfois déchirant. Partir c’est quitter sa mère à chaque voyage. Ce nid pas toujours douillet où nous avons grandi, où nous avons goûté à l’indépendance pour la première fois.
Je n’imaginai pas à l’époque regretter un jour d’avoir pris mon envol. Je n’avais pas imaginé la douleur du départ, l’incertitude du voyage, la fuite en avant vers cet avenir que je ne connais pas encore mais qui me terrifie par sa seule présence.
Comment rester sereine alors que je dois tout quitter, à nouveau. Ce voyage sans fin, au fond du désespoir, est ma seule certitude.
 
Je serai là, quoi qu’il m’en coûte, que vous m’attendiez ou non, que vous me receviez ou non. Je ne suis pas partie pour vous, je l’ai fait pour moi.
Si vous saviez la force qu’il m’a fallu pour me faire sortir de mon orbite, vous ne seriez pas aussi pressés de m’oublier.
 
Je déteste voyager. Quitter la certitude acquise de haute lutte de la perfection de chaque minute passée ici pour recommencer ailleurs est une épreuve insoutenable.
Qui sait si j’ai encore la force nécessaire pour avancer, pour recommencer un nouveau voyage, pour me remettre en question ?
 
On ne peut pas voyager figé. Se mouvoir exige une perpétuelle adaptation, une souplesse, une réorganisation.
Je déteste voyager, mais je suis la reine de l’organisation. Donnez-moi vos contraintes et je m’adapte à vos besoins. J’ai assez d’empathie pour vous aider à prendre votre place, et assez de présence pour ne pas m’effacer devant vous.
 
J’ai dit que je déteste voyager, pas que je ne sais pas le faire. Je m’en accommode parfaitement, mais je mesure à chaque instant que l’effort nécessaire n’est pas anodin.
Quitter tout ce que je connais pour un espace inconnu est un supplice, un challenge, une promesse. A moi de choisir quelle émotion je veux vous montrer. Je ne suis pas monolithique, et je passe de l’une à l’autre. C’est parfois la seule chose que vous retenez de moi, cette versatilité qui vous influence.
 
Si cela vous tente, prenez le temps de me regarder un peu plus et de repenser à tout cela.
 
Vous vous rappellerez peut-être alors que si je suis à l’origine de lunatique, lunaire est mon adjectif de référence. Savoir s’adapter aux circonstances est une grande force, si on ne l’use pas en la mettant à l’épreuve trop souvent.
 
 

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