L’humeur du masque

L’humeur du masque

 Je suis masque COVID19 dans une petite ville de campagne.

C’est une vie que je découvre. Je suis né la semaine dernière, d’un morceau d’étoffe de coton qui attendait dans une boîte. Je ne m’ennuie pas, j’ai un frère jumeau et une petite sœur.

La famille qui nous accueille prend soin de nous. Elle ne nous met pas en danger inconsidérément, et applique à la lettre les gestes barrière.

Malgré tout nous sommes inquiets. Le déconfinement que tout le monde annonce comme la reprise d’une vie d’une certaine normalité ne semble pas avoir cet effet ici. C’est sans doute une chance pour nous, car la normalité nous ferait disparaître mais je m’interroge.

Les bruits courts comme quoi l’école aurait repris. Je peux vous dire qu’ici il n’en est rien. C’est toujours travail à la maison et débrouillardise pour occuper un môme de 5 ans en gérant les urgences professionnelles. Il paraît que certains ont pu aller à l’école, que l’organisation est super et qu’ils s’en trouvent très bien. Les journaux en parlent et tout le monde est satisfait de l’évolution.

C’est drôle parce que vu d’ici, c’est un programme de fiction quotidien. Il y a eu du changement bien sûr avec le déconfinement. Je suis allé chez le coiffeur et chez le kiné, ça m’a fait un bien fou. Je vois bien que tout le monde fait de son mieux pour s’adapter. Mais dans l’ensemble, ça n’a rien changé. Toujours pas d’école. Il n’y a pas assez de place, ce n’est pas pour nous.

Je suis content de ne pas être masque de soignant. Les copains ne vivent pas longtemps, et leur stress est abominable. Je pense à eux. J’imagine bien que eux n’ont pas le temps de penser à moi. Ce n’est pas grave.

J’aurai pu être masque en EHPAD. J’ai failli l’être avec Mme Bachelot, et finalement j’étais resté dans un carton. Là aussi c’est compliqué, et se sentir inutile et oublié c’est terrible.

Enfin aujourd’hui je suis de sortie. RV chez l’ophtalmo, l’aventure de l’année. Six mois pour avoir un rendez-vous, j’ai de la chance d’être là, à quelques jours près, il me filait sous le nez.

Bon les copains je dois y aller. Prenez soin de vous, vous laissez pas aller. On se bat pour vous et ça finira par s’arranger !

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