Le rêve de Nicolas – Ch 52 (fin)

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Le réveil

Lorsque le tour de table fut terminé, Nicolas regarda tous les participants l’un après l’autre. Il était fier d’eux et content d’avoir suivi son intuition pour ce groupe de parole. Il était surtout soulagé que personne ne lui ait posé de questions.

Il observa Laurent qui avait remplacé ses doutes par une certitude intuitive et solide, et Jean-Pierre qui avait découvert la responsabilité et la liberté d’être soi.

Comment pourrait-il leur avouer que la seule raison d’avoir initié le groupe était la curiosité ? Lui qui n’avait jamais rencontré Dieu espérait trouver un point commun dans leurs récits, une clé, quelque chose qui lui permettrait, à lui aussi, de La voir.

Il salua Édith, perplexe devant l’existence même de Dieu, et Solange enchantée d’avoir persévéré.

Il avait beau repasser les interventions dans sa tête, il ne comprenait pas. Il n’était pas aussi sceptique qu’Édith. Enfin, il n’en avait pas l’impression.

Il embrassa Julie qui accompagnait sa mère en douceur et Séverine qui avait trouvé sa place.

Il se demandait ce qu’Elle lui aurait dit. À quel moment un petit « ah ? » lui aurait appris qu’il faisait fausse route et qu’il pouvait mieux faire. Il n’aurait qu’à recommencer. Après tout, Laurent L’avait rencontrée plusieurs fois avant d’obtenir des réponses, il pouvait bien se laisser une deuxième chance.

Malgré la présence des autres, Nicolas se sentait seul. Isolé, coupé du groupe par ce qu’il n’avait pas osé dire. À présent il était trop tard. Il avait laissé passer sa chance. Il aurait fallu l’avouer dès le départ. Comment les autres le prendraient s’il confessait maintenant qu’il n’avait jamais vu Dieu ?

Il réconforta Christophe qui était trop peu ou pas assez, et embrassa Vivienne avec son détenu philosophe.

Il lui était facile de les accompagner, de les regarder, de les soutenir. Il comprenait si bien les doutes et les questions de chacun d’entre eux.

Il sourit à Martin qui attendait un espoir, et à Ghislaine qui jouait à la poupée.

Ce groupe était une chance unique. Une pause dans le va-et-vient incessant de son esprit qui cherchait à savoir s’il existait quelque chose au-dessus de lui, au-delà du visible.

Il encouragea Fernando qui avait peur de sa vérité, et Daphné qui aimait Dieu et la couture.

Il n’était pas tellement plus avancé finalement. Les autres se posaient aussi des questions, toutes différentes, et chacun avait une histoire, un avis, une opinion à partager. Mais lui ? Qu’allait-il faire de tout cela ?

Certes Nicolas avait des réponses. C’est ce qu’il était venu chercher. Le problème, c’est qu’elles ne répondaient pas à ses interrogations, puisque ce n’étaient pas ses réponses, mais celles des autres !

Il vit Bernard qui accueillait l’inconnu et Louis qui observait Dieu dans son jardin.

En refermant la porte de la salle, après le rituel moment de détente autour d’un thé parfumé et de petits gâteaux, le regard de Nicolas fut attiré par une promeneuse sur la plage. Elle sautillait, les pieds dans l’eau, pleine de joie. Lorsqu’elle lui sourit, Nicolas La reconnut.

Dieu lui adressa un signe de la main et un clin d’œil avant de disparaître de son champ de vision. Nicolas sourit, enfin apaisé, et partit de son côté.

Lorsque le réveil sonna, Nicolas ouvrit les yeux sur le décor de sa chambre, encore étonné du rêve qu’il venait de quitter. Il retrouva son quotidien. La fissure dans l’angle du plafond. Le fil de poussière sur le haut de l’étagère. Le poids de la couette sur son corps encore endormi, la place encore tiède à côté de lui. Il reprit le fil de sa vie, Salomé, son nouvel emploi de jardinier, et prit quelques secondes pour savourer cet instant. Il n’était pas seul. Il ne le serait plus jamais.

C’était le début d’une belle journée.

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