Le rêve de Nicolas – Ch 47

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Ne rien attendre de la vie

« Salut, alors ta journée, ça a donné quoi ?

— Rien. » Nicolas commençait à penser que la jardinerie serait peut-être sa seule solution. En tout état de cause, il y serait plus heureux que dans la boutique de jeux vidéos ou celle de cigarettes électroniques. Après tout, il fallait savoir se contenter de ce qu’on avait. Rêver trop grand ne pouvait lui apporter que des déconvenues. Quand on n’attend rien de la vie, on n’est jamais déçu. Les problèmes commencent avec les rêves. Plus ils sont précis, et plus la désillusion est grande.

« C’est pas grave. Il faut juste élargir ton champ de recherches.

— Dis comme ça, ça a l’air facile, mais en vélo, quarante minutes matin et soir, en plus de la journée, c’est déjà pas mal. Je ne sais pas si je pourrai faire plus. Dès qu’on sort de l’agglomération, on a vite fait de faire vingt kilomètres en plus.

— T’as qu’à prendre la voiture.

— On va pas racheter une voiture. Je te rappelle que j’ai pas de boulot, ce n’est pas le moment de se rajouter des frais.

— Non, bien sûr, t’as qu’à prendre la mienne.

— Et toi ? Comment tu vas aller au boulot ?

— Je peux le prendre moi le vélo. Y’a cinq kilomètres, c’est pas le bout du monde.

— Non, mais au cabinet, tu n’auras pas de vestiaires. Si tu prends le vélo par tous les temps, il faut avoir des affaires de rechange et un coin pour s’habiller. Surtout dans ton métier. Tu te vois accueillir les patients avec ton pantalon trempé et des chaussures pleines de boue ?

— T’as raison, c’est pas terrible. Je pourrai prendre le bus ? Tiens regarde » elle pianotait sur la tablette tandis qu’elle parlait. « J’aurai un seul changement à la mairie, et il me faudrait… vingt-cinq minutes. Nickel.

— T’es sûre ?

— Oui, vas-y, élargis ton champ d’action. En voiture je mets quinze à vingt minutes, et en plus un jour sur deux il faut que je paie le parking si j’arrive trop tard. Avec le bus je vais faire des économies. »  Nicolas l’embrassa, empli de gratitude. Ils ne se connaissaient que depuis six mois, mais c’est comme si elle avait toujours fait partie de sa vie. Avec elle, chaque problème avait une solution, sans que ce soit un drame ou un déchirement. D’une décision claire et réfléchie, elle infléchissait le cours du temps. Peut-être qu’en la côtoyant suffisamment longtemps il arriverait lui aussi à vivre les choses de manière plus décontractée ? En attendant, il était ravi qu’elle soit là pour l’épauler.

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