Le rêve de Nicolas – Ch 46

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Le frère du frère de mon frère

Nicolas montait en pression. Il tripotait son col de chemise, jouait avec les boutons de sa veste, pianotait sur ses genoux.

« Ça suffit Nico, détends-toi, ça va bien se passer. » Salomé lui sourit, détachant un quart de seconde son regard de la route. « C’est facile à dire pour toi, tu t’es mis ma famille dans la poche en un rien de temps. » Elle rit. « Mathias a bien aidé.

— C’est vrai. Tu n’aurais pas quelqu’un avec une annonce fracassante pour noyer le poisson ?

— Non, enfin je ne crois pas, mais avec six enfants, on peut avoir des surprises, tu sais.

— Ils seront tous là ?

— Normalement oui. » Il récapitulait. Angela, la mère de Salomé, était femme de ménage. Son père, Alberto, travaillait à la voirie municipale. Elle avait trois frères et une sœur aînés, et une sœur cadette. L’aînée, Jasmine, était dentiste. Le second, Javier, ambulancier. Ensuite venaient Angelo et Emanuele, les jumeaux, respectivement graphiste et kiné. Et enfin la petite dernière, Sara, coiffeuse, la seule qu’il ait déjà rencontrée.

Salomé se gara sur le parking de la résidence pour seniors. « Il y a toujours de la place ici, alors que chez mes parents, dès qu’il y a trois voitures, c’est complet. Tu vas voir, c’est juste de l’autre côté. » Au moment où ils sortaient du véhicule, un hurlement le fit sursauter. « Somé ! Salut ! Ça va pitchoune ?

— Angelo ! » Bon, ça au moins c’était fait. C’était donc lui, le graphiste. « Bonjour, tu dois être Nicolas, bienvenue dans la famille. » Serré dans une étreinte chaleureuse, Nicolas émit un bonjour à peine audible. Salomé l’attrapa par la main, et ils suivirent le pétillant graphiste qui ouvrait le chemin. Salomé l’avait prévenu. « Dans ma famille, si tu as quelque chose à dire, il ne faut pas hésiter. Tu te lances sans attendre d’avoir un blanc, sinon ça peut te prendre des années. » Il avait cru qu’elle exagérait, mais devant l’avalanche de superlatifs imagés qui venait du premier jumeau, il commençait à revoir sa position.

Arrivés devant la maison, ils furent accueillis par deux membres de la fratrie supplémentaires. Accolades et paroles de bienvenue renouvelées. Nicolas se pencha vers Salomé et lui demanda à mi-voix « Ils sont tous célibataires ? » Elle rit. « Non, mais pour une première fois, si on ajoute les moitiés et les enfants, tu ne t’y retrouveras jamais. » Angelo ajouta. « On l’avait fait pour Béné, tu te rappelles ? La première femme de Javier. Une catastrophe. Bon, ce n’est peut-être pas à cause de ça qu’ils se sont séparés, mais on fait gaffe quand même. »

C’est ainsi que Nicolas avait fait connaissance avec la famille de Salomé. Une grande famille, bruyante, chaleureuse, différente. Pour une première fois, il avait beaucoup observé. Angela, la mère, menait tout le monde à la baguette et occupait l’espace. Alberto était plus discret. Il avait posé des questions à Nicolas sur son choix de reconversion. « Tu sais, mon père travaillait dans une pépinière à quelques kilomètres d’ici. Je les connais encore et Salomé y allait souvent quand elle était enfant. Si tu veux, je peux les appeler ? Même s’ils n’ont pas besoin, ils pourront peut-être te donner des conseils ? » Nicolas avait accepté avec plaisir. Il commençait à apprécier cette grande famille.

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