Le rêve de Nicolas – Ch 43

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Dernier jour

Nicolas regardait son casier. Il avait récupéré toutes ses affaires, et laissé ce qui appartenait à l’entreprise. Les trois dernières semaines avaient passé comme dans un rêve. Il avait l’impression d’être déjà ailleurs, sans savoir où. Mais il était heureux d’y être, heureux d’avoir franchi le cap. Il referma son casier et se tourna pour observer la pièce où il se trouvait. Elle avait rythmé sa vie, matin et soir, parfois six jours sur sept. Il n’y avait jamais vraiment prêté attention. Elle était froide, sans âme, fonctionnelle. Il ne la regretterait pas.

En sortant, il croisa M. Lambert. « Au revoir Nicolas. Je vous souhaite de réussir dans votre nouvelle activité. 

— Merci. Bonne retraite à vous. Au revoir. » C’était bizarre de le quitter comme ça, mais Nicolas n’avait pas envie de s’éterniser. Suzie et Lucie l’attendaient devant la porte. « Ah, le héros du jour ! On y va ? » Ils avaient prévu de boire un verre ensemble pour fêter ça.

Nicolas assista à la soirée comme s’il la regardait de l’extérieur. Les filles avaient babillé gaiement, et il s’était contenté de quelques commentaires ici ou là. Il oscillait entre l’enthousiasme du nouveau départ et une peur sourde qui surgissait de temps à autre. La peur d’avoir fait une connerie et de se retrouver sans rien au bout du compte. La peur de se réveiller et de se rendre compte qu’il avait suivi une chimère. La peur de ne pas être à la hauteur. La peur de tomber de haut. C’est le problème quand on rêve grand.

Il était rentré à pied. Avec ce qu’il avait bu, il prenait son temps. Pas la peine de commencer cette nouvelle étape de sa vie en cellule de dégrisement.

Il avait ouvert doucement la porte de chez Salomé. Slalomant entre les cartons pas encore déballés, il était passé dans la salle de bains. Il s’était déshabillé et lavé les dents. Au moment de poser son smartphone pour la nuit, il avait souri. Éteins-le. Pas besoin de réveil pour demain matin. Il ne savait pas ce qu’il ferait dans trois jours, mais pour l’instant il savourait cette petite liberté.

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