Le rêve de Nicolas – Ch 42

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Sauver les apparences

Je m’appelle Fernando. J’ai cinquante-quatre ans et je suis banquier.

Le monde de la finance, c’est toute ma vie. Ici, je suis quelqu’un. J’ai réussi. J’ai un poste de direction, un bel appartement avec vue sur Seine et trois pensions alimentaires à payer depuis mon dernier divorce il y a six mois.

Lorsqu’elle est arrivée dans mon rêve, je ne l’ai pas reconnue. Elle venait pour un entretien d’embauche comme assistante de direction. Au premier abord, rien à dire. Une tenue vestimentaire qui correspondait au poste. Une allure jeune, mais soignée. Un CV intéressant, avec cependant quelques zones d’ombre.

« Je vous en prie Mademoiselle, asseyez-vous. J’ai lu votre CV avec attention, mais j’aimerais avoir quelques précisions sur les missions humanitaires que vous indiquez avoir conduites. Je ne suis pas certain que l’emploi que nous proposons corresponde à vos aspirations à ce niveau.

— Je suis bien consciente des limites de ce métier, mais l’êtes-vous ?

— Je vous demande pardon ? »

Dans ma position, c’était bien la première fois qu’un candidat se permettait une telle familiarité. Au lieu de me répondre, elle me posa une autre question.

« Êtes-vous heureux ?

— Moi ? Bien entendu. »

Quelle question saugrenue ! Évidemment que j’étais heureux. Avec mon métier, mes responsabilités et ma situation, n’importe qui aurait été heureux.

« Ah. »

Le regard qui accompagnait ce petit mot me mettait mal à l’aise. Elle m’examinait. Tranquillement. Ni gênée, ni dans l’attente de quoi que ce soit, mais observatrice. Pour le coup, c’est moi qui commençais à transpirer dans mon costume et à me sentir à l’étroit avec ma cravate.

« N’en parlons plus alors. »

Elle me sourit.

« Finalement, je pense que ce poste ne me correspond pas tout à fait. Je vous remercie de m’avoir reçue, je vais vous libérer. Au revoir Fernando. »

Abasourdi, je La regardai partir, planté là, dans MON rêve, avec ma cravate trop serrée et une goutte de transpiration qui descendait le long de ma colonne vertébrale.

Dès que la porte fut fermée, je posai ma veste et m’affalai dans mon fauteuil.

Il était impensable que sa question, sa simple question, sa petite question, puisse me mettre dans un état pareil. Heureusement, personne n’avait été témoin de la scène ! Il était encore temps de refermer la boîte de Pandore.

Fernando posa ses coudes sur le bureau, se tenant la tête entre les mains. Il tremblait de tous ses membres. Non ! Il avait choisi. Il avait voulu être riche, avoir des responsabilités et être respecté. Bravo, tu as eu ce que tu voulais. Et maintenant ? Fernando contemplait le vide, les fondations creuses de sa vie. Aurait-il le courage de tout reconstruire, de repartir de zéro ? Rien n’était moins sûr. 

————————-

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.