Le rêve de Nicolas – Ch 35

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Plan B

« T’as une sale tête. 

— Merci, Suzie, ça fait toujours du bien de se sentir soutenu.

— T’exagères là, on est de ton côté, Nico. Mais Suzie a raison, ça se voit que ça ne va pas. » Objectivement, il ne pouvait pas leur en vouloir. Depuis trois jours, il marchait au radar. Il n’arrivait pas à sortir de l’ornière où l’avait jeté l’annonce de Lulu. « C’est à cause du boulot ? » Il hésita. Il avait tellement eu envie de leur raconter l’histoire dont il était le héros, ayant réussi à trouver en quelques semaines une alternative enthousiasmante aux offres de Lambert. Commencer la narration de celle dont il était la victime ne le motivait absolument pas.

« On voit bien que les jobs de Lambert ne te plaisent pas. Peut-être que je devrais prendre ma retraite quand même, comme ça tu pourrais rester ici. » La proposition de Suzie était plus que généreuse, et Nicolas savait combien cela lui coûterait de laisser sa place. « Merci, Suzie, mais ça ne changerait rien. Je te rappelle qu’il ne faut que des filles dans l’équipe, et je ne tiens pas à ce boulot au point de changer de sexe, figure-toi. » Lucie pouffa, tandis que Suzie manquait de s’étouffer avec la chouquette qu’elle venait de prendre. Nicolas sourit. Ce n’était pas si compliqué finalement. Il leur raconta tout. L’idée de la reconversion, le dossier, l’alternance, l’entretien, et la douche froide. « Du coup, je suis coincé avec de Larembreux. Je n’ai plus rien.

— Comment ça plus rien ? Tu es toujours accepté à l’école ! Ne baisse pas les bras ! La rentrée est en septembre, t’as le temps de trouver une autre entreprise ! » Nicolas réfléchissait. Elle n’avait pas tort, mais en attendant, il fallait bien payer les factures.

« Peut-être, mais je dois donner ma réponse à Lambert vendredi. Ça fait un peu court quand même.

— Pourquoi tu ne refuses pas son offre ? On voit bien que ça ne te plaît pas. Du coup, tu auras le temps de chercher.

— Et comment je paie mon loyer ?

— Tu rentres chez papa maman mon grand, c’est à la mode, tu sais ?

— Ouais, enfin Tanguy, c’est pas mon style.

— Pourquoi tu t’installes pas avec ta copine alors ? » Devant les regards étonnés de ses collègues, Lucie se recroquevilla sur sa chaise. « Ben oui quoi c’est vrai, ils ont chacun leur appart, donc deux loyers à payer. Déjà si t’en supprimes un, ça change la donne. 

— Elle a raison la môme. Tu regardes où tu peux économiser, et tu prépares un plan d’action. Il faut sauter dans le vide avant d’ouvrir le parachute.

— Ouais, enfin, vérifie quand même que t’en as un avant de sauter hein Nico ?! » Il avait envie de les embrasser, toutes les deux, avec leurs idées à la con et leurs réparties à deux balles. Il avait bien fait de leur en parler. Il se sentait plus léger.

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