Le rêve de Nicolas – Ch 10

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Syndicat divin

Moi, c’est Édith. J’ai fêté mes soixante-trois ans et je suis retraitée de la fonction publique, ce qui ne m’empêche pas de soutenir les camarades dans leurs combats pour les travailleurs.

Le jour où j’ai entendu que Dieu était une femme, j’ai failli m’étouffer ! Je déjeunais au restaurant avec des collègues, quand l’un d’entre eux a émis cette idée absurde… La bouchée de pain que je venais d’avaler a pris la mauvaise direction et je me suis retrouvée à hoqueter, quelque part entre le rire et l’étouffement.

Dieu une femme ? Vraiment, on aurait tout entendu ! Même les féministes n’avaient pas osé la sortir ! Mais avant d’en arriver là, il faudrait déjà me convaincre que Dieu existe et ça, croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire.

À mon âge, j’en ai vu des curés et des églises. Dans ma jeunesse, j’ai été élève chez les bonnes sœurs. Rien que ça, ça vous met un sacré doute sur l’existence de Dieu ! Aimez-vous les uns les autres… il n’est jamais dit qu’il faut moins aimer les pêcheurs, les étrangers, les politiques ou les voisins pénibles ?! Déjà là, il y a un problème entre la théorie et la pratique.

En quarante ans de syndicalisme, je n’ai jamais croisé Dieu dans une manif, homme ou femme d’ailleurs. Mais je ne l’ai pas vu non plus à l’Élysée, à la Maison Blanche ou au Kremlin… Vous ne trouvez pas ça louche, vous, un type dont tout le monde parle et que personne n’a vu ? Alors, admettons que ce soit une femme, juste pour la démonstration, vous l’avez vue ? Non plus ? Ah !

Vous pourrez toujours argumenter que son rayon ce sont les lieux de culte, là c’est moi qui ne suis pas compétente pour savoir si Elle s’y trouve, vu que je n’y mets pas les pieds. Et puis entre nous, vu le nombre de chapelles, ça m’interpelle quelque peu sur le sérieux de la demoiselle. Un camarade qui a sa carte dans tous les syndicats, je trouve ça louche. On ne peut pas être d’accord à la fois avec la réduction du temps de travail et les heures supplémentaires. À un moment, il faut choisir, soit on travaille moins, soit on travaille plus, mais on ne peut pas gagner à tous les coups.

Alors que Dieu, il (ou elle ?) a des tas de succursales. Et hop, je change de nom, ni vu ni connu, et je vous ouvre une nouvelle boutique dans le pays d’à côté. Je change deux, trois règles et on n’y voit que du feu. Je rajoute même quelques règles incompatibles, comme ça aucune chance qu’ils se rendent compte qu’ils se sont tous fait avoir par le même escroc !

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