Le rêve de Nicolas – Ch 08

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Rose et Roger

Nicolas venait d’entrer dans le supermarché. Il consulta sa montre, évalua la file d’attente aux caisses et se dit qu’il devrait être arrivé chez son frère pour le coup d’envoi. Le match de ce soir était planifié depuis longtemps, mais Toulon – Stade Français sans une bonne bière, ce serait du gâchis.

Il passait entre les rayons sans s’attarder, focalisé sur son objectif, quand un bruit de sanglots l’arrêta. Il se retourna, pour voir d’où venait le son. À quelques pas de lui, un môme pleurait. Nicolas regarda autour de lui, tentant de repérer un adulte affolé ou en train de chercher sa progéniture. Personne. Il était seul dans cette moitié du magasin. Pestant contre ce contretemps, il s’approcha néanmoins et se baissa à hauteur de l’enfant.

« Tu as perdu tes parents ? » De grands yeux le dévisageaient, au-dessus des joues baignées de larmes. Le garçon essuya d’un revers de manche son nez qui coulait presque autant que ses yeux et hocha la tête. Nicolas fourragea dans sa poche pour y trouver un mouchoir et le tendit à l’enfant. « Moi c’est Nicolas. Et toi, comment tu t’appelles ?

— Maxime.

— Et ta maman ?

— Roger. » Nicolas réprima un sourire. « Non, ça, c’est ton papa. » La désapprobation dans les yeux de Maxime avait fait cesser les larmes. « Non, c’est ma maman qui s’appelle Roger ! Mon papa s’appelle Rose. 

— Voyons Maxime, ce n’est pas possible…

— Siiii… » Les larmes coulaient de plus belle. Nicolas hésita. « D’accord Maxime, pas de problème, ta maman s’appelle Roger et ton papa s’appelle Rose, c’est ça ? » Hochement de tête vigoureux et arrêt des larmes. Ouf. Nicolas se releva, cherchant à nouveau un adulte à qui remettre l’enfant. Devant l’absence d’alternative, il se dit que le plus sûr était de confier Maxime à l’accueil qui pourrait passer une annonce.

« Tu viens avec moi Maxime ? On va aller voir quelqu’un qui va appeler ta maman.

— Avec le téléphone ?

— Non, avec un micro, pour parler fort dans tout le magasin.

— Mais ma maman elle va pas l’entendre. » La voix tremblotante signalait l’arrivée prochaine des larmes.

« Pourquoi elle ne l’entendrait pas ?

— Ben elle est pas dans le magasin. » Ah. Évidemment. « Tu es venu avec ton papa alors ?

— Non. » Nicolas le dévisageait, se demandant dans quel guêpier il s’était encore fourré. Maman Roger et papa Rose étant hors du coup, il lui restait à trouver qui avait amené l’enfant ici. « Mais tu es venu avec quelqu’un ? » Hochement de tête affirmatif. « Avec qui ?

— Mamie Cola. » Ben oui. Dans la famille tuyaux de poêle, au point où on en était… « D’accord. Alors on va demander à la dame ou au monsieur d’appeler Mamie Cola, comme ça elle viendra te chercher.

— D’accord. » Serrant la petite main de Maxime, Nicolas fit demi-tour pour repartir vers l’entrée du magasin. Là c’était sûr qu’il allait louper le coup d’envoi. Il regarda sa montre. Si je m’en sors bien, j’aurai le temps de téléphoner à Mathias pour qu’il enregistre le début. On récupèrera à la mi-temps. Soulagé d’avoir une solution, Nicolas n’avait pas entendu le bruit des pas qui courraient après lui. « Maxime ! » L’enfant se retourna « Mamie ! » et se précipita vers une dame dont le visage s’éclaira. « Mon bonhomme, je t’ai cherché partout. Je suis désolée, Mamie a parlé trop longtemps avec son amie et tu t’ennuyais, hein ? »

Serrant son petit-fils contre elle, elle s’approcha de Nicolas et lui tendit la main. « Merci monsieur. Merci. Je… Désolée pour le dérangement. 

— Pas de problème. Il pleurait tellement que je n’ai pas pu le laisser tout seul.

— Merci encore. Maxime ? Dis au revoir au monsieur. Bonne soirée. » Elle s’éloigna.

« Madame ?

— Oui ? 

— Excusez-moi, j’ai une question un peu indiscrète…

— Je vous en prie jeune homme, je vous répondrai si je peux.

— Maxime m’a dit que sa maman s’appelait Roger et son papa Rose, alors je me demandais… » Elle éclata de rire. « Il a raison, vous savez. Son père s’appelle Valentin Rose et ma fille s’appelle Agathe Roger. Les enfants ont leur propre manière de voir les choses, mais elle n’en est pas moins vraie. Bonne soirée ! »

Nicolas les regarda partir, amusé. Lorsqu’il vérifia l’heure une nouvelle fois, il jura. Cette fois c’était loupé pour le coup d’envoi. Tant pis. Il avait encore le temps d’aller chercher les bières avant la fermeture du magasin, et une bonne histoire à raconter.

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