Le rêve de Nicolas – Ch 05

Le rêve de Nicolas, un roman de Sandrine Walbeyss

Jean-Luc

Nicolas était planté devant le miroir de la salle de bains. Il jeta un œil vers le réveil placé sur le haut du meuble. Huit heures dix ? Il n’était pas en avance. Jean-Luc devait passer le prendre à et quart pour le tournoi de badminton. Il évalua ses chances de tout faire tenir en cinq minutes. Il était douché, presque rasé, il lui restait à s’habiller et à avaler un petit-déj, pas gagné. À cet instant, il entendit frapper à la porte. Il posa le rasoir pour aller ouvrir.

« Salut, Nico, t’es pas prêt ? Grouille, on a de la route à faire, et y’a des travaux sur la RN. T’as déjeuné au moins ? » Nicolas sourit. Jean-Luc le connaissait trop bien. « Bien sûr que non. Tu prendras un truc dans la voiture, on n’a pas le temps. » Il partit vers la cuisine « Tu veux quoi ? Un café ? Tu prends toujours deux sucres ? » Le bruit des placards qui s’ouvraient et se fermaient lui parvint. Il ferait bien de finir rapidement s’il voulait passer une bonne journée. Jean-Luc était un obsédé du contrôle, capable de passer l’aspirateur quinze fois par jour pour éviter le moindre grain de sable.

Quand il arriva enfin dans la cuisine, Jean-Luc l’attendait avec un mug de café, dans une tasse à couvercle qu’il lui avait offerte quelques années plus tôt, et deux barres de céréales. « Ça y est ? Alors on y va. » Nicolas eut le temps d’attraper son sac et son blouson, et enfila ses baskets en courant pour rattraper son ami qui descendait déjà l’escalier.

« T’as changé de voiture ? » La Ford noire garée sur le parking n’avait rien à voir avec la précédente, une Citroën d’occasion avec laquelle ils avaient fait les quatre cents coups. « Nan, c’est un prêt. J’ai pas les moyens d’acheter ça. C’est celle du garage. Je suis resté en rade hier matin, dépanneuse et tout le tintouin, ils ne savent pas ce qu’elle a. J’espère que c’est pas grave. » Nicolas souriait en mangeant ses barres vitaminées. À la sortie de leur BTS commerce, Jean-Luc avait opté pour l’immobilier, et le moins qu’on puisse dire est qu’il était doué pour ça. Son salaire était presque multiplié par deux avec les bonus des ventes. Bien sûr qu’il aurait pu se payer la Ford, mais il ne le reconnaîtrait jamais. Nicolas avait appris avec les années les limites de l’économie façon Jean-Luc. Ne jamais payer le prix fort si on peut espérer une réduction en patientant un peu. Ne pas payer si on peut l’éviter. Ce qui ne l’empêchait pas d’offrir des cadeaux somptueux dès l’instant où les deux affirmations précédentes étaient vérifiées. Nicolas se souvenait d’un anniversaire en particulier, où Jean-Luc lui avait offert un « bon pour un téléphone ». « Tu comprends, en janvier c’est les soldes, alors tu pourras avoir le nouveau modèle pour le prix de celui de l’an dernier, ça vaut le coup non ? » Ben oui, c’est pas de bol d’être né le 12 décembre, c’est le rush de Noël, les prix ont flambé, et tout est plus cher. Nicolas attrapa son café et souleva l’opercule. N’empêche, avec tous ses défauts, Jean-Luc avait de bons côtés, et il était son meilleur ami. Il ne l’échangerait pour rien au monde.

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