Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 39 (fin)

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 39 (fin)

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 39 (fin) – LE RÉVEIL

Lorsque le tour de table fut terminé, Nicolas regarda tous les participants l’un après l’autre. Il était fier d’eux et content d’avoir suivi son intuition pour ce groupe de parole. Il était surtout soulagé que personne ne lui ait posé de questions.

Il observa Laurent qui avait remplacé ses doutes par la certitude d’un savoir intuitif et solide, Jean-Pierre qui avait découvert la responsabilité et la liberté d’être soi et Lisa qui dessinait la joie qu’elle voulait trouver dans le monde.

Comment pourrait-il leur avouer que la seule raison d’avoir initié ce groupe était la curiosité ? Lui qui n’avait jamais vu Dieu espérait trouver un point commun dans leurs récits, une clé, quelque chose qui lui permettrait, à lui aussi, de La voir.

Il salua Edith perplexe devant l’existence même de Dieu, Solange ravie d’avoir persévéré dans son désir de compréhension, Marie-Pierre qui n’avait toujours pas ouvert la fenêtre et Antoine qui riait avec Saint Christophe.

Il avait beau repasser les interventions dans sa tête, il ne comprenait pas. Il n’était pas aussi sceptique qu’Edith, ni aussi fermé que Marie-Pierre. Enfin, il n’en avait pas l’impression.

Il embrassa Diane qui avait arrêté de boire après avoir vu Dieu, Marco qui avait compris qu’on va plus loin en équipe et que chacun y trouve sa place et Julie qui accompagnait sa mère, en douceur.

Il se demandait ce qu’Elle lui aurait dit. A quel moment un petit « ah ? » lui aurait fait savoir qu’il faisait fausse route et qu’il pouvait mieux faire… L’expérience était concluante pour les participants, sans aucun doute. Ils avaient l’air ravi de ces échanges et de ces rencontres. Il n’aurait qu’à recommencer. Après tout, Laurent L’avait rencontrée plusieurs fois avant d’avoir des réponses, il pouvait bien se laisser une deuxième chance.

Il vit Bilal qui avait besoin de retrouver la joie de son âme, Henri qui avait eu le courage d’aller au bout de ses idées, Marcel qui se sentait seul derrière le voile des illusions, Karim qui connaissait la valeur du présent et Georgette qui avançait, jour après jour.

Malgré la présence des autres, Nicolas se sentait seul. Isolé, coupé du groupe puisqu’il n’avait pas osé dire ce qui le travaillait. A présent il était trop tard. Il avait laissé passer sa chance. Il aurait fallu l’avouer dès le départ… Comment les autres le prendraient s’il leur avouait maintenant qu’il n’avait jamais vu Dieu ?

Il réconforta Estelle qui se posait des questions, Séverine qui attendait le bout du tunnel, Christophe qui était trop peu ou pas assez, Victoire qui aimait les rencontres, Vivienne et son détenu philosophe, et Nadia qui faisait germer les graines.

Il lui était facile de les accompagner, de les regarder, de les soutenir. Il comprenait si bien les doutes et les questions de chacun d’entre eux….

Il sourit à Martin qui attendait un espoir, à John qui préférait la littérature classique, à Ghislaine qui jouait à la poupée, à Stéphane qui comptait les années et à Yves avec sa timidité.

Ce groupe était une chance unique. Une pause dans le va-et-vient incessant de son esprit qui cherchait à savoir s’il existait quelque chose au-dessus de lui, au-delà du visible.

Il encouragea Fernando qui avait peur de sa vérité, Benoît qui réfléchissait, Sara qui pleurait la tristesse des autres, Léontine qui faisait sa vaisselle en bonne compagnie, Daphné qui aimait Dieu et la couture et Gérard qui pianotait sur son clavier.

Il n’était pas tellement plus avancé finalement. Les autres se posaient aussi des questions, toutes différentes, et chacun avait une histoire, un avis, une opinion à partager. Mais lui ? Qu’allait-il faire de tout cela ?

Il accueillit Nathalie qui écrivait, portée par le souvenir de cette rencontre, Thomas qui était bien à sa place et Valentine qui avait dépassé ses douleurs.

Certes Nicolas avait des réponses. C’est ce qu’il était venu chercher. Le problème, c’est qu’elles ne répondaient pas à sa question, puisque ce n’étaient pas ses réponses, mais celles des autres…

Il reconnut Bernard qui accueillait l’inconnu, Alice avec son sens pratique et Louis qui observait Dieu dans son jardin.

En refermant la porte de la salle, après le rituel moment de détente autour d’un thé parfumé et de petits gâteaux, le regard de Nicolas fut attiré par une promeneuse sur la plage. Elle sautillait, les pieds dans l’eau, pleine de joie. Lorsqu’elle lui sourit, Nicolas La reconnut.

Dieu lui fit un dernier signe de la main et un clin d’œil avant de disparaître de son champ de vision. Nicolas sourit, enfin apaisé, et partit de son côté.


Lorsque le réveil sonna, Nicolas ouvrit les yeux sur le décor de sa chambre, encore étonné du rêve qu’il venait de quitter. Il retrouva son quotidien. La fissure dans l’angle du plafond. Le fil de poussière sur le haut de l’étagère. Le poids de la couette sur son corps encore endormi. Il écouta le bruit de la rue, en contrebas, et prit quelques secondes pour savourer cet instant. Il n’était pas seul. Il ne le serait plus jamais.

C’était le début d’une belle journée sur Terre.