Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 36

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 36

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 36 – UN PEU DE DOUCEUR

Mon nom est Bernard, j’ai quarante-trois ans et je suis serveur dans une brasserie du centre ville.

Je ne suis pas du tout originaire de la région. Je viens d’un petit village du Bordelais, très conservateur. Mes parents avaient un petit restaurant, très apprécié des vacanciers et des habitants, avec une cuisine simple à base de produits frais. J’aurais aimé prendre leur suite, avant de me rendre compte que j’étais homosexuel. Ça a été un choc, mais dès l’adolescence, je n’avais aucun doute. J’ai passé quelques mois à osciller entre cacher ma situation et tout dire à mes parents. Des hauts et des bas, entre l’envie de m’affirmer et la peur du rejet. J’en étais malade. Des angoisses qui me réveillaient la nuit, des douleurs intestinales qui me pliaient en deux…

Un jour j’ai décidé d’affronter mes peurs. Je l’ai dit à mes parents. Je revois encore le soulagement de ma mère.

– Alors c’est ça ? Tu nous as fait peur tu sais. On se demandait si tu te droguais ou si tu avais des problèmes au lycée.

Finalement, ce n’était pas si terrible. Enfin pour moi et pour eux, dans le cercle familial.

A l’extérieur, ça n’a pas été la même chanson. Ce qu’il y a de terrible avec le conservatisme figé, c’est qu’il repousse tout ce qui vient déranger son bel ordre connu. L’inconnu fait peur, tellement peur qu’on n’ose même pas lui adresser la parole. Des fois que ce serait contagieux ou que ça remettrait en cause les belles certitudes encadrées sur le mur du salon.

Si Dieu est une femme, j’aimerais bien qu’elle utilise un peu de son charme pour remettre de la souplesse dans le désordre de la vie.

Du mouvement, du changement, de l’évolution. En douceur pour une fois ?