Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 35

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 35

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 35 – TRAVAIL D’ÉQUIPE

Je suis Valentine. J’ai vingt ans et je suis triathlète.

J’ai commencé le sport il y a 10 ans, pour perdre du poids. Enfant j’étais plutôt boulotte, ce qui me compliquait beaucoup la vie. Entre les moqueries et le manque d’estime de soi, c’est difficile à vivre, surtout quand on arrive au collège, avec des minettes pomponnées qui vous narguent de l’autre côté de la cour.

Moi aussi j’aurais aimé me sentir jolie, être le centre d’attention, être admirée plutôt que raillée…

Ce n’était pas un problème alimentaire, car je mangeais plus de légumes que la plupart des adultes et j’adorais les fruits. Plutôt une sorte de carapace qui me protégeait de l’extérieur tant que je n’étais pas prête à annoncer qui j’étais.

Ces années-là restent comme un souvenir douloureux. Je n’ai pas d’amies d’enfance avec qui passer mes soirées ou faire les soldes. Quand on est malheureux, on s’isole.

C’est le sport qui m’a sauvée de la dépression. La première fois que je suis allée courir, à reculons, pour faire plaisir à ma mère, je pensais passer deux heures mortelles à souffrir et à me traîner.

C’est Roger qui m’attendait, un ancien triathlète de niveau mondial. C’était surtout un ours mal léché, bourru et précautionneux. Il m’a accueillie avec la bonne dose d’intérêt et la juste liberté. Aujourd’hui je pense que nos individualités douloureuses se sont reconnues et qu’il a intuitivement gardé la bonne distance.

Celle qui m’a permis de découvrir vraiment la course. L’activité physique. La dépense de soi. Le dépassement aussi. Avoir un objectif et se donner les moyens de l’atteindre. Se fixer des étapes réalistes mais ne pas sous-estimer nos forces.

Si Dieu existe, j’espère qu’Elle a pris Roger dans son équipe, parce que c’est un équipier hors pair et ici, il me manque…