Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 34

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 34

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 34 – NETTOYAGE QUANTIQUE

Mon nom est Thomas et j’ai trente-neuf ans. Je suis homme de ménage.

Les gens sont surpris quand j’annonce mon métier, car ils restent habitués à ce que les femmes s’occupent de ce genre de travaux, quelles qu’aient été les évolutions de la société. Mais je n’ai pas honte de mon travail.

Il est nécessaire et visible ! J’aime redonner de la lumière aux choses, enlever la couche de poussière qui s’est déposée insidieusement pour retrouver l’éclat d’origine.

Je sais bien qu’on me considère peu, dans ces grands bureaux que je nettoie la nuit, une fois que tout le monde est parti, pour ne pas déranger. Quand il m’arrive de croiser quelqu’un, c’est comme si je n’existais pas, comme si je vivais dans un monde parallèle invisible.

Ils ont tort de ne pas regarder mon monde, je vois bien le leur et il n’est pas très reluisant. C’est moi qui nettoie la saleté collée sous leurs chaussures et qui s’est posée ici. Moi qui vide les poubelles des bureaux, où s’entassent des dizaines de rapports dépassés, inadaptés, oubliés…

Je remplis aussi. Les distributeurs de savon pour embaumer leurs mains, les gobelets pour la machine à café…

J’ai conscience du vide et du plein.

Du cycle infini qui les lie.

Du fait que Dieu et l’humain ne sont que deux faces d’une même réalité, le féminin et le masculin étant seulement des états transitoires, immobilisés à un instant T par l’observateur de l’état quantique des possibles qui fige pour l’éternité sa vision dans une photographie instantanée.   

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