Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 33

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 33

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 33 – L’ASCENSEUR

Bonjour, je suis Nathalie. J’ai soixante-quinze ans et je suis journaliste.

Je pourrais être à la retraite depuis longtemps, mais je ne vis que pour mon travail et je n’arrive pas à m’arrêter. Je suis l’évolution du monde et je me sens vivante, à un point que vous n’imaginez peut être pas.

Si vous n’avez jamais passé un après-midi en maison de retraite, vous ne pouvez pas comprendre la liberté d’être autonome, libre et vivant ! C’est une ivresse constante.

Sentir le vent du matin sur mon visage quand j’attends le bus, humer l’odeur du café en passant devant la terrasse en bas du journal, profiter de la cohue d’un matin de semaine, c’est enivrant…

Je ne laisserais ma place pour rien au monde et j’ai bien peur que les jeunes qui attendent que je parte n’en aient pour leur argent…Je ne leur veux pas de mal mais qu’on me laisse travailler en paix. Ne savent-ils pas, eux qui sont si friands des théories du complot, que le manque de travail est une illusion ? La seule vérité, c’est qu’il n’y a toujours qu’un pilote dans l’avion…

J’ai longtemps été très sceptique sur l’existence de Dieu. Mon travail m’amène à rencontrer des dizaines de personnes chaque semaine et je ne voyais pas pourquoi l’une ou l’autre des religions aurait raison devant les autres. Mais un jour, je L’ai rencontrée.

Je venais d’arriver dans un grand hôtel où je devais rencontrer un écrivain à succès américain qui participait au festival de Deauville pour l’adaptation au cinéma d’un de ses livres. En montant dans l’ascenseur, je découvris qu’une autre femme s’y trouvait. Je ne saurais pas vous dire pourquoi, mais j’ai su, tout de suite, qui Elle était. C’était une évidence, même pour moi et surtout pour moi suis-je tentée de dire. La question ne se posait pas.

J’étais entrée dans une sorte d’état second. Je ne pensais même pas à Lui poser une question, ce qui est le comble pour une journaliste… Je La regardais. Je détaillais ses yeux noisette, ses cheveux châtains négligemment repoussés derrière ses oreilles, son doux sourire. Son écharpe en soie, couleur arc en ciel. Son tailleur bleu marine, presque strict, allégé par les sandales à pois qu’elle portait. L’image d’un idéal féminin. Libre, légère, insouciante mais présente, tellement présente.

Lorsque l’ascenseur s’est arrêté à mon étage et que la porte s’est ouverte, Elle a disparu, me laissant cette image et ce souvenir qui me portent encore, tant d’années après. Je n’ai plus jamais douté de l’existence de Dieu.