Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 29

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 29

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 29 – BONNE COMPAGNIE

Je m’appelle Sara et je suis barman. J’ai vingt-neuf ans.

Dieu vient souvent dans mon bar, surtout quand je fais la fermeture, mais Elle est rarement accompagnée. Ceci dit je la comprends, à ces heures-là, à part des ivrognes qui ne tiennent plus debout tous seuls et des étudiants bourrés, c’est difficile d’avoir une conversation suivie.

Je ne Lui ai jamais parlé.

Pourtant je ne suis pas timide. C’est mon caractère qui fait le succès de l’endroit et il ne faut pas me pousser beaucoup pour m’entendre !

J’ai toujours eu l’impression qu’Elle n’avait pas besoin de me parler pour me comprendre. Un sourire complice au moment d’une vanne oiseuse, l’éclat d’un regard quand un client lève un peu trop la voix, une touche de couleur quand j’ai le moral dans les chaussettes…

Ça m’arrive plus souvent que je ne le voudrais. Je ne peux pas dire qu’il y ait une raison particulière, mais j’ai souvent besoin de pleurer. J’évite de le faire au boulot, ce n’est pas très bon pour la clientèle, mais le soir quand je ferme la boutique ou le matin, juste avant d’ouvrir, je sens soudain une grande vague de mélancolie m’envahir… J’ai parfois l’impression que je pourrais écrire du Flaubert en écoutant du Chopin tellement ça brasse une tristesse pesante, imprégnée, insondable…

C’est en général ces jours-là qu’Elle m’amène de la couleur. Une belle écharpe colorée, un manteau, un bouquet.

J’ai un emplacement réservé pour Ses bouquets. Personne n’a jamais compris pourquoi ce coin du bar reste libre, mais j’en ai besoin. C’est mon plaisir. Ma récompense pour avoir laissé partir cette vague de nostalgie inexplicable.