Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 27

LE JOUR OU J'AI REVE QUE DIEU EST UNE FEMME

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 27 – SAUVER LES APPARENCES

Je m’appelle Fernando. J’ai cinquante-quatre ans et je suis banquier.

Le monde de la finance, c’est toute ma vie. Ici, je suis quelqu’un. J’ai bien réussi. J’ai un poste en vue, un bel appartement avec vue sur la Seine et trois pensions alimentaires à payer depuis mon dernier divorce il y a six mois.

Lorsqu’elle est arrivée dans mon rêve, je ne l’ai pas reconnue. Elle venait pour un entretien d’embauche comme assistante de direction. Au premier abord, rien à dire. Une tenue vestimentaire qui correspondait au poste. Une allure jeune mais soignée. Un CV intéressant, avec cependant quelques zones d’ombre.

– Je vous en prie Mademoiselle, asseyez-vous. J’ai lu votre CV avec attention, mais j’aimerai avoir quelques précisions sur les missions humanitaires que vous indiquez avoir conduites. Je ne suis pas certain que l’emploi que nous proposons corresponde à vos aspirations à ce niveau.

– Je suis bien consciente des limites de ce métier, mais l’êtes-vous ?

– Je vous demande pardon ?

A mon poste, c’était bien la première fois qu’un candidat se permettait une telle familiarité. Au lieu de me répondre, elle me posa une autre question.

– Etes-vous heureux ?

– Moi ? Bien entendu.

Quelle question saugrenue ! Evidemment que j’étais heureux. Avec mon métier, mes responsabilités et ma situation, n’importe qui aurait été heureux.

– Ah.

Le regard qui accompagnait ce petit mot me mettait mal à l’aise. Elle me regardait. Tranquillement. Ni gênée, ni dans l’attente de quoi que ce soit, mais observatrice. Pour le coup, c’est moi qui commençais à transpirer dans mon costume et à me sentir à l’étroit avec ma cravate.

– N’en parlons plus alors.

Elle me sourit.

– Finalement je pense que ce poste ne me correspond pas tout à fait. Je vous remercie de m’avoir reçue, je vais vous libérer. Au revoir Fernando.

Abasourdi, je La regardai partir, planté là, dans MON rêve, avec ma cravate trop serrée et une goutte de transpiration qui descendait le long de ma colonne vertébrale.

Dès que la porte fut fermée, je posai ma veste et m’affalai dans mon fauteuil.

Il était impensable que sa simple question, sa petite question, puisse me mettre dans un état pareil. Heureusement, personne n’avait été témoin de la scène ! Il était encore temps de refermer la boîte de Pandore.

Il est hors de question de passer un instant de plus à penser à ça, ressaisis toi mon vieux, les rêves de jeunesse ce n’est plus de ton âge ! Et pense à ce que diraient tes collègues du cercle !

Malgré tout, une petite graine avait été plantée et l’angoisse commençait à poindre. Admettre que je n’étais pas heureux remettait en cause toute ma vie, tous les choix que j’avais faits…

Plus rien ne correspondait. C’est effrayant de se dire qu’on est libre. Effrayant de regarder notre immensité et la vie étriquée qu’on a vécue jusqu’ici. Je ne sais pas si j’aurais le courage de plonger dans le vide des possibles…


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.