Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 26

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 26

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 26 – FUNAMBULE

Je suis Yves, animateur sportif et j’ai quarante-six ans.

En ce moment je m’occupe des cours d’aquagym à la piscine municipale. L’an dernier je gérais les terrains de squash. L’avantage dans mon métier, c’est qu’on peut changer d’activité sans changer de boulot.

J’ai toujours aimé faire du sport. J’aime sentir mes muscles qui travaillent, en endurance, en souplesse, en étirement, en cardio… J’aime la sensation d’être allé au bout de l’effort, de faire un peu mieux chaque jour, d’aller un peu plus loin.

La seule chose qui me gêne, c’est le contact humain. Je vois des dizaines de personnes différentes chaque semaine et je ne peux pas me rappeler de tout le monde. Alors que pour eux je suis le repère et ils ont parfois du mal à comprendre ma position. Ce n’est pas que je les ignore, c’est que cela me demande un effort trop important.

Pour ceux que je côtoie en dehors, c’est facile. Je connais leurs noms, leurs préférences, leur famille… Mais pour la foule des anonymes qui ne viennent qu’une fois par semaine et même pas toutes les semaines, c’est compliqué.

Au début, j’ai essayé de me rappeler de tout le monde. De mémoriser les visages et les noms. Mais je suis un visuel. Donc les visages ça va, je sais bien qui vient aux cours ou pas, mais les noms, c’est une autre histoire. Et quand je me trompe, c’est terrible.

Je suis un timide qui se soigne, mais dès que je fais une bourde, je rougis, je perds mes moyens et je ne suis plus capable de rien. Un peu comme un funambule qui marche en confiance sur un fil. Tout se passe bien, j’avance… jusqu’au moment où je me rends compte que c’est le vide au-dessous de moi et je perds l’équilibre…

Mais je ne pense pas que Dieu y soit pour grand-chose…