Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 15

LE JOUR OU J'AI REVE QUE DIEU EST UNE FEMME

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 15 – HÊTRE OU NOYER ?

Mon nom est Karim. Je suis sculpteur sur bois, j’ai vingt-quatre ans.

Avec mon nom à consonance maghrébine, vous aurez peut-être deviné que je suis musulman. Pour moi c’est une affaire privée et j’en parle très rarement. Je ne m’intéresse pas au nombre de messes que suivent mes amis et si je ne m’en cache pas, je n’ai pas à faire étalage de ma foi.

D’ailleurs, pour éviter d’avoir des remarques sur mon régime alimentaire j’ai décidé d’être végétarien. Ça règle la question et évite les dérives et amalgames variés et avariés !

Moi aussi j’ai rêvé que Dieu est une femme, mais est-ce que c’est le vôtre ou le mien ?

C’est tellement plus simple avec la matière. Lorsque je prends un morceau de bois brut, je connais son essence, sa provenance, dans quelles conditions il a poussé. Je sais décrypter la sécheresse de son sol, la droiture de son port, l’habileté du bûcheron qui a débité le tronçon.

Le bois me parle. C’est lui qui m’inspire les formes, qui guide mes outils et mes mains pour lui donner une nouvelle vie. Il a été arraché de la Terre qui le nourrissait pour se confier à mes soins, puis aux vôtres, si l’une de mes sculptures vous plaît. Il nous offre sa complexité et sa profondeur pour nous aider à mieux appréhender le monde.

Mais Dieu ? Voilà une question qui occupe les hommes depuis tellement longtemps. Les plus grands poètes et philosophes en ont parlé. Des guerres interminables sont nées de la certitude des hommes de détenir la vérité, exclusive et unique.

Mais la seule vérité qui existe est celle de notre vie. Pas celle qui nous mène à la baguette, du soir au matin, en perpétuel déséquilibre à la recherche d’un bonheur virtuel inatteignable. Celle qui bat à l’intérieur de nos veines. Celle qui tend notre respiration, ce grand souffle de vie que nous partageons avec le règne du vivant. J’inspire. J’expire. Et je recommence, dans un cycle sans fin.

Dans cet instant parfait où rien n’est réel mais où tout existe, Dieu est là, le mien et le vôtre, unis dans une seule foi qui porte notre âme. Est-ce une femme ? Je n’en sais rien.


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