Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 14

LE JOUR OU J'AI REVE QUE DIEU EST UNE FEMME

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 14 – AVEC OU SANS FILTRE ?

Bonjour, je suis Georgette, avocate à la cour de Rouen. J’ai cinquante-six ans.

En trente ans de barreau, je n’ai jamais vu Dieu mais le Diable oui et plus souvent qu’à mon tour. Vous n’imaginez pas la noirceur de certains actes, malgré les comptes rendus détaillés des journalistes. Il vous manque le contact avec l’âme du criminel.

En tant qu’avocate, j’ai souvent défendu des coupables. Au plus profond de moi, je sais que leur âme est la sœur de la mienne, mais la fraternité est souvent enfouie très profondément… Car l’abord de leurs actes est parfois inconcevable.

Il m’a fallu longtemps pour comprendre cela.

Lorsque j’ai commencé ce métier, j’étais jeune et idéaliste. Je m’imaginais sauver le monde et remettre les coupables sur le droit chemin.

J’ai passé des années à tenter de les changer. A vouloir les convaincre de leurs erreurs. A leur imposer une philosophie qui leur est inaccessible. Au bout de quinze ans d’activité au sein d’un gros cabinet, j’étais épuisée, démoralisée, abattue.

Je ne voyais pas d’issue, coincée entre ma certitude d’humanité et mon contact étroit avec l’inhumanité. Ce que personne ne vous dit à l’école, c’est que le contact humain modifie les perceptions.

Vous pouvez faire ce que vous voulez sur votre écran d’ordinateur, à travers le filtre de votre téléphone portable ou de votre tablette. Tout cela, ce sont des voiles qui vous empêchent de toucher du doigt la réalité de la vie. Lorsque vous prenez une photo, vous oubliez de regarder ce que vous voyez. Vous faites confiance à la machine pour en garder le souvenir à votre place.

Lorsque vous insultez quelqu’un sur les réseaux sociaux, vous vous cachez derrière le filtre pour ne pas ressentir la douleur de celui que vous attaquez. A cet égard, les criminels violents que je défends ont gardé le courage d’affronter leur part d’ombre. Elle nous encombre car nous ne savons pas quoi en faire. Nous ne pouvons pas la nier. Elle est là, visible, pesante, agressive. Elle nous rappelle que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. La liberté se gagne ou se défend jour après jour. Rien n’est gagné ou perdu d’avance et le chemin compte.


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