Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 09

Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 09

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 9 – FRAISE OU PISTACHE

Je m’appelle Marco. J’ai cinquante et un ans. J’ai ma propre boulangerie et quatre employés. Je suis installé à mon compte depuis vingt ans et c’est une décision que je n’ai jamais regrettée.

J’ai vu Dieu pour la préparation d’un gâteau de baptême. Vous me direz que c’est de circonstance, mais pour moi, c’était inhabituel.

Les parents étaient passés à la boutique pour choisir le visuel du croquembouche. Je prends en photo tous ceux que je fais depuis des années, des plus traditionnels aux plus personnalisés, pour que mes clients puissent voir comment je travaille et me dire ce qu’ils souhaitent.

Ce n’étaient pas des clients habituels, mais ils avaient vu une de mes réalisations pour un mariage et ils souhaitaient nous passer commande. Nous avions pris rendez-vous et, quand ils sont arrivés avec leur bébé, l’album photo les attendait, ainsi que quelques petits choux à déguster avec différentes saveurs.

 Le bébé, Adrien, avait huit mois. Il était tranquillement assis dans sa poussette, très intéressé par les décorations colorées de Pâques que nous venions d’installer dans la boutique. Ses parents, Jennifer et  Fabien, feuilletaient l’album, notant au fur et à mesure quelques exemples de ce qui leur plaisait.

A la fin de l’album, ils décidèrent de faire leur choix parmi les photos qui leur avaient plu. A ce moment-là, Adrien me regarda fixement, soudainement très intéressé par la conversation des adultes.

Au premier choix, en forme de gâteau traditionnel à étages, avec un cercle de nougatine et un ourson sur le dessus, Adrien commença à pleurer. Ses parents eurent beau le prendre dans leurs bras, lui parler, le câliner, il ne s’arrêta que lorsqu’ils tournèrent la page.

Au deuxième choix, un gâteau pyramidal avec des papillons en nougatine, même scénario.

Et ainsi de suite, pour les troisième, quatrième et cinquième choix, qui concernaient respectivement un bateau, un landau et un manège.

C’est à ce moment là que Dieu m’est apparue.

Les parents avaient abandonné l’idée que les pleurs du petit Adrien soient liés au design du gâteau et se préparaient à partir pour le faire manger rapidement.

Enfin quand je dis apparue, Elle m’a parlé. J’ai entendu distinctement une voix me dire d’aller à la page vingt-trois. Ne voyant pas pourquoi c’était important mais n’ayant pas de raison de ne pas le faire, je tournais les pages pour arriver au bon numéro. Au fur et à mesure que j’approchais de la page concernée, les pleurs diminuaient. Adrien suivait attentivement le manège de mes mains et semblait extrêmement concentré. Arrivé sur la page en question, elle contenait la photo d’une de mes plus belles réalisations, un tricycle en nougatine, garni de petits choux.

Je sais ce que vous allez me dire, c’est juste une intuition, ça pourrait être n’importe qui, ça n’a rien à voir avec Dieu… Mais c’était évident, dès la première fois. Depuis ça s’est généralisé et je pourrais même dire sans me vanter que nous formons une bonne équipe. 

Je suis d’ailleurs connu maintenant pour savoir sur l’instant ce qui plaît aux enfants et notre boutique ne désemplit pas. Baptêmes, mariages, communions, anniversaires et autres évènements, notre carnet de commandes est complet d’une année sur l’autre…

Je n’ai jamais cherché à comprendre comment Elle fait, chacun son travail. Ce que je sais, c’est que les rares fois où Elle n’était pas là, ça a été une catastrophe. J’ai voulu faire le malin, une ou deux fois, m’imaginant que je ferai aussi bien tout seul. Et je sais maintenant que ce n’est pas le cas. Chacun a sa place dans une équipe et il ne sert à rien de vouloir tout faire tout seul.

J’ai bien assez de travail pour me tenir à jour des nouvelles techniques et imaginer de nouveaux visuels ! J’ai d’ailleurs embauché un graphiste pâtissier à plein temps pour m’aider dans cette partie…

Ce qui compte plus que tout, la récompense de ce travail d’équipe, c’est l’étincelle dans les yeux d’un enfant, quel qu’il soit et quel que soit son âge, lorsqu’il voit le gâteau de ses rêves.