Le jour où j’ai rêvé que Dieu est une femme – 06

LE JOUR OU J'AI REVE QUE DIEU EST UNE FEMME

Un roman de Sandrine WALBEYSS

Chapitre 6 – L’ACCIDENT

Je m’appelle Marie-Pierre et je suis gendarme, comme mon père et mon grand-père. Servir notre pays et ses habitants est une fierté familiale. Je suis célibataire et je viens de fêter mes quarante ans.

La première fois que j’ai vu Dieu, Elle était dans un sale état.

Les pompiers venaient de La désincarcérer de sa voiture, après un accident qui avait bloqué la nationale 13 pendant deux heures. Elle avait de multiples plaies au visage, un bras cassé, et un genou en vrac, mais Elle semblait ne pas ressentir la douleur.

C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille, car des accidents, en presque vingt ans de service, j’en ai vu, mais des blessés aussi stoïques avec ce type de blessures, c’était la première fois. Mon collègue Bruno a d’ailleurs pensé qu’Elle devait être droguée, mais les examens ont été négatifs.

D’ailleurs Elle n’était pas responsable de l’accident. Elle s’était juste trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Comme il n’était pas question de l’interroger dans l’état où Elle était, je l’ai revue un peu plus tard à l’hôpital. C’était bizarre de La voir allongée dans ce lit, avec tous ces instruments autour et cet environnement stérile. Je ne peux pas vous dire pourquoi, mais La voir là m’a fait un choc.

C’était comme un anachronisme, quelque chose ne collait pas. Elle ne cadrait pas avec le contexte. Comme si Elle avait été là par hasard. Comme si George Blanc vous préparait un menu à emporter dans un sac Mac Do…

Quand je me suis approchée, Elle m’a souri, ce qui a un peu tendu les fils de sa cicatrice à la joue. C’était encore boursoufflé et pas très joli à voir. Ça ne devait pas être confortable non plus mais, comme dans la voiture, Elle ne semblait pas tout à fait ici.

– Bonjour Marie-Pierre. J’ai eu du mal à vous rencontrer.

Moi ? Elle voulait me rencontrer ? Mais pourquoi ?

– Heu… bonjour. Je ne suis pourtant pas si difficile à trouver, je suis dans l’annuaire, Vous savez.

– Oui, c’est vrai, mais j’ai un matériel qui n’est pas toujours compatible, voyez-vous et j’ai eu du mal à vous convaincre.

– A me convaincre ? Mais de quoi ?

– De me laisser entrer dans votre rêve bien sûr.

Je La regardais à nouveau. Elle me souriait gentiment. Se moquait-Elle de moi ? Je voyais déjà des accidents à longueur de journée et voilà que j’en rêvais aussi la nuit ?

– Vous aviez besoin de me voir dans une situation où vous contrôlez les évènements. C’est humain, je le comprends. D’ailleurs vos ancêtres ne m’auraient pas laissée faire. L’action de protéger et d’obéir nécessite un grand sens de l’ordre et de la discipline et moins de fantaisie que dans d’autres domaines.

– Mais pourquoi vouliez-Vous entrer en contact avec moi ? Je ne comprends pas.

– Ce n’est pas moi qui cherchais à vous joindre, mais vous qui m’appeliez.

Là, on était vraiment en dehors de toute logique. Maintenant c’est moi qui L’aurais appelée, pour ensuite éviter de Lui répondre ? J’étais perdue.

– Pourquoi Vous aurais-je appelée ? Cela n’a pas de sens.

– Vous êtes sûre de ne pas avoir de question à me poser ? Il n’est pas dans mes habitudes de m’imposer sans raison.

Je La scrutai en détail. Cherchant un indice, une piste. Mais je ne voyais que ses yeux, malicieux, au-dessus des bandages, et son sourire bienveillant. 

– Non, vraiment, je ne vois pas.

– Alors bonne nuit Marie-Pierre. Rappelez-vous que pour sentir le vent sur votre visage, il faut ouvrir la fenêtre.

Et Elle était partie. Pffuit. Je me retrouvais seule dans cette chambre d’hôpital, avec mes interrogations.

Aujourd’hui, presque deux ans après, je ne sais toujours pas pourquoi Elle était venue et encore moins pourquoi je Lui avais demandé de venir…


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