Le dernier Bakou – 97

Le dernier Bakou – 97

Anthary fouillait dans son sac à dos avec frénésie sous le regard mi-narquois, mi-inquiet de ses camarades. Norula se préparait à mettre fin par une question à cette attente incongrue, lorsque le journaliste se redressa d’un air réjoui « Je l’ai ! » en brandissant un téléphone.

« Et ? » Le polymorphe ne voyait pas très bien en quoi cette découverte pouvait le mettre en joie. Il était tout à fait certain qu’aucune antenne relai ne se trouvait à proximité pour permettre de se connecter au réseau axial. La plus proche devait être au bord de l’autoroute, à près de cinq cents kilomètres.

L’humain, inconscient de l’attention dont il était l’objet, continuait de chercher. Cette fois, c’étaient les images et les dossiers du téléphone qu’il envoyait valser d’un doigt vigoureux. Il s’arrêta enfin sur une photo. Il se souvenait en détail de cette journée, près de trois ans plus tôt. Le point de départ de son documentaire. Pour la première fois depuis qu’il avait appelé Xilistt du fond de ce baratan, il avait l’impression de se trouver au bon endroit. Ici, il n’était plus l’humain perdu au milieu des dieux et de la magie. Ici, ce qu’il savait faisait sens. Ici se rencontraient deux mondes. Le sien, cartésien, organisé, pétri de certitudes. Et celui de Norula ou de Dakhtassi, magique, libre, en perpétuel mouvement. Deux mondes liés par un monstre tentaculaire qui les poussait à se détruire l’un l’autre.

Retrouver le même emblème sur le plateau de Singhit ne pouvait pas être un hasard. Un logo discret. En trois ans de recherche, il ne l’avait aperçu que cinq fois auparavant. Toujours très bien camouflé, mais présent. Il en avait eu la certitude mais aucun élément pour l’étayer suffisamment et le prouver. Le voir ici confirmait son intuition. Ce qui se passait dans le monde des multinationales n’était ni joli ni éthique. Aujourd’hui, il devait choisir. Rester dans son monde, confortable, rassurant, cartésien, et accepter l’injustice et l’avidité sans pouvoir rien y changer. Ou se joindre aux êtres qui lui proposaient une autre vision du monde. Se dire qu’il pouvait agir pour modifier les choses. Ouvrir les yeux sur une réalité alternative. La plus effrayante des deux n’était peut-être pas celle qu’on pensait.

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