Le dernier Bakou – 94

Le dernier Bakou – 94

Les 4 venaient de se réunir en urgence.

Faute de temps, ils avaient remplacé le chalet de Lamsatt par l’arrière-salle d’un casino clandestin qui craignait autant qu’eux les oreilles indiscrètes. Le propriétaire devait une faveur à Walter et il n’avait pas été difficile à convaincre. Les 4 avaient depuis longtemps compris qu’il était parfois nécessaire d’agir hors du cadre légal. Leur carnet d’adresses officieux était presque aussi fourni que l’officiel.

Le parking souterrain réservé à la clientèle et le décor digne des meilleurs hôtels de Tavaly avaient été décisifs dans le choix de l’endroit. Un problème de taille se présentait. Le petit Diky, un quotidien de seconde zone, venait de diffuser un article sur le réveil des êtres de magie et la liste des dégradations commises dans différentes régions de la planète.

« Nous devons réagir. » Aristine prenait les devants.

« Pour quoi faire ? Il suffit d’attendre que ça se tasse, comme toujours. Les théories du complot de Jaspronh Braymonth ne servent qu’à distraire les foules. Personne n’y attache de crédit. » Antania était la moins concernée des 4. Son empire ne comptait que quelques journaux spécialisés, et aucune chaîne d’information.

« Pas cette fois, j’en ai peur. » Alfarine sortait son téléphone et lisait les notifications les unes après les autres. « D’après Revolt Karyl, la nature reprend les commandes. La voix de Kurina fait déjà le lien avec les effondrements de galerie qui ont eu lieu la semaine dernière à Dvarouk. Malthito et Dérive ostienne ont aussi relayé l’article. Le nombre de vues augmente de manière exponentielle. Si aucune de nos chaînes ne réagit, nous allons attirer l’attention.

— Que proposes-tu ? Tu ne veux tout de même pas faire la une du journal de Daker TV sur cet article ?!

— Évidemment non Aristine. Mais nous avons peu de temps pour répliquer. Demain, il sera trop tard, quoi qu’il se passe. Avec les empires médiatiques que nous avons, il est impensable qu’aucune de nos équipes n’écrive une ligne sur le sujet. Nous devons prendre les devants. Quelles sont ses sources ?

— Rien n’est dit clairement. » Walter relisait l’article. « Cela pourrait être n’importe qui. Et il est très bien documenté. Tous les accidents ou difficultés mentionnés sont avérés et sont restés inexpliqués.

— Où ont-ils eu lieu ? » Antania avait survolé les titres mais n’avait rien vu qui lui donne envie d’approfondir.

— Partout. C’est bien le problème. » Alfarine énumérait « Les mines de Dvarouk, le plateau de Singhit, les forages pétroliers contriliens… » Avec un rire, elle ajouta « Si j’étais parano, je jurerais que quelqu’un a pisté nos matières premières…

— Que dis-tu Alfa ? » Aristine avait bondi de son siège. « Tu veux dire que tous les sites touchés font partie de nos avoirs ?

— Calme-toi Aristine, c’est le prix à payer quand on est le maître du monde, très chère. Quoi qu’il se passe, cela te concerne forcément. » Le ton ironique de Walter la piqua.

« Je ne te comprends pas, on dirait que ça ne te fait ni chaud ni froid ! Regarde-toi ! Affalé dans ton fauteuil, il ne te manque plus qu’une bière et un match à la télé pour parfaire le tableau ! » Voyant Walter se lever, furieux, Aristine pensa qu’elle était peut-être allée un peu loin. Mais il l’avait cherché !

« Regarde les choses en face Aristine, que sont les mines de Dvarouk dans mon empire ? Rien. Même pas 1 % de mes avoirs !

— 1 % dont dépend toutefois la majorité des autres secteurs. » Malgré sa douceur, la voix d’Antania avait marqué les esprits. Si elle n’avait pas déployé une puissance médiatique comme ses camarades, c’est que les distractions ne l’intéressaient pas. Ce qu’elle aimait, c’était les informations. Découvrir le fond des choses. Analyser. Chercher, recouper, développer, relier. Et elle pressentait une menace sérieuse. Un ennemi inconnu qui s’attaquait aux fondements de leurs industries. Pas aux paillettes ou au décorum. Il venait affaiblir les matières premières qui alimentaient l’ensemble de l’édifice. Qui que ce soit, il savait ce qu’il faisait.

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