Le dernier Bakou – 88

Le dernier Bakou – 88

Faryss pleurait.

Il n’avait aucune notion du temps qui s’était écoulé depuis qu’il avait frappé à la porte des enfers. Chaque minute passée avait la valeur de cent. Il était épuisé. Moralement. Physiquement.

Allongé sur un lit, il était attaché aux poignets et aux chevilles, la tête coincée entre deux oreillers. Il ne voyait que le plafond, blanc. Sans tâches, sans fioritures, sans fin. Les liens qui le maintenaient immobile étaient souples mais solides.

La première fois qu’il s’était réveillé, le soulagement l’avait envahi. Il n’était pas blessé. Il n’avait reçu aucun coup. Le lit se révélait plutôt moelleux. Même s’il était attaché, sa position n’avait rien d’inconfortable.

La deuxième fois qu’il s’était réveillé, il avait senti l’intrusion. On l’avait raccordé à une sonde pour l’hydrater et ses fonctions naturelles d’assimilation et d’évacuation étaient elles aussi reliées à un système externe. Sa position n’avait plus rien de confortable. L’eau qui suintait au fond de sa gorge n’atténuait pas la sécheresse de son palais. La morve qui coulait de son nez s’étalait sur sa joue. Ses muscles étaient tétanisés par l’immobilité forcée et un point le démangeait atrocement à l’arrière de l’oreille.

La troisième fois qu’il s’était réveillé, il avait senti le parfum des mimosas. Ses fleurs préférées. Rasséréné par le souvenir de jours plus heureux, il avait apprécié la musique qui remplaçait avantageusement le silence pesant des jours précédents.

La dernière fois qu’il s’était réveillé, plus rien n’était supportable. L’odeur entêtante des mimosas s’incrustait dans ses fosses nasales, envahissant l’espace restreint comme pour l’asphyxier. La musique occupait l’espace, s’invitant dans ses conduits auditifs sans qu’il ait la possibilité de s’en affranchir. Une mélodie persistante dont les notes se suivaient sans répit aucun.

Faryss pleurait. Son confort. Ses certitudes. Sa vie d’avant.

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