Le dernier Bakou – 85

Le dernier Bakou – 85

Xilistt avait employé les derniers jours à trier les affaires de sa mère. Un travail nécessaire mais difficile. Il avait eu envie cent fois de s’asseoir et de passer quelques heures à revisiter les souvenirs qu’il avait d’elle avec chaque objet dont elle s’était servie. Malgré les explosions, Azyolh avait ramené quantité de choses. Xilistt avait fait de son mieux pour effectuer un choix rationnel en gardant en tête leur objectif : permettre à un Bakou non formé d’être à la hauteur de la tâche qui l’attendait. Ce qu’il n’avait pas eu le temps de serrer sur son cœur avait laissé des traces sur ses joues.

Azyolh était resté à ses côtés pendant tout le processus. Ils avaient peu parlé, se contentant de quelques mots pour attribuer un objet à l’un des tas. Il y avait celui des possessions trop abîmées. Un autre comportait les affaires personnelles qu’il souhaitait conserver. Le plus important, qui grossissait à vue d’œil, contenait l’ensemble des documents, produits, herbes dont sa mère avait fait usage. Xilistt regrettait de n’avoir pas été plus attentif lorsque Rawilh lui avait enseigné l’histoire de sa famille et l’héritage des Bakoues. N’en avoir jamais rencontrées l’avait conduit à considérer cela comme une légende, au même titre que tout ce qui touchait à la magie. Depuis qu’il vivait au Refuge toutefois, des images lui revenaient en mémoire. Les visites dans leur maison de Gialith. Il revoyait sa mère soignant polymorphes ou ondins. Il se rappelait avoir parlé aux Balibabs de la Forêt des Anciens lorsqu’elle l’emmenait dans ses consultations à domicile. La faculté de l’esprit à occulter des évènements aussi marquants que ceux-là l’étonnait. Il les avait tout bonnement oubliés pendant plus de dix ans. Il donna un livre à Azyolh et se releva, étirant ses muscles fatigués par le long tri et la position inhabituelle.

« Je pense que c’est le dernier. » Il se tourna pour observer ce qui restait du capharnaüm de départ. « Si tu peux emmener tout ce qui est là, nous pouvons partir. Nous avons l’essentiel. Que faire du reste ? » Il gloussa. « Dans mon monde, j’aurai laissé tout ça dans une déchetterie ou à un récupérateur, mais ici j’ignore comment ça se passe.

Azyolh sourit. « Il y a aussi des récupérateurs par ici. Il suffit de faire savoir ce que tu souhaites abandonner et ils se serviront. Le reste de tes affaires sera en sécurité en attendant que tu le récupères. »

Xilistt pensa un instant à son appartement de Silith. Il y avait passé si peu de temps ses dernières années qu’il ne se souvenait même plus de la couleur des murs. Il ne s’y était pas tout à fait installé. Avoir trié les possessions de sa mère lui avait rappelé ce qu’était un foyer. L’endroit où se trouvent les gens qu’on aime. Le lieu où l’on revient. Celui où on reçoit ses amis. Il les avait toujours accueillis chez Rawilh. Tout le monde avait envie de voir le Lac Gelé et les montagnes. Mais la raison en était plus profonde. Quelque chose l’attachait à cette ville et à cette maison. Peut-être qu’il y retournerait. Il n’en resterait sans doute plus grand-chose, mais il pourrait reconstruire. Il se tourna vers Azyolh.

« Où allons-nous ?

— Chez Albert. À Piros. C’est là qu’ils sont tous et nous devons apporter ceci » il montra la Larme de Viribath « à Bob.

— Pourrez-vous emmener tout ce que nous avons trié ? » Azyolh acquiesça. « Lorsque nous ne sommes pas blessés, nous pouvons presque déplacer une montagne. Cela ne posera aucun problème. Tu es prêt ? C’est parti. »

——————–