Le dernier Bakou – 77

Le dernier Bakou – 77

Je n’ai plus la force de lutter.

Tout m’épuise. Toutes les petites choses qui m’enthousiasmaient autrefois me coûtent aujourd’hui. J’ai beau m’économiser et me fermer des sollicitations incessantes du monde, je meurs à petit feu. J’ai tant donné et tant aimé cette planète. Tous les êtres d’Uhnythais sont mes enfants, et pour rien au monde je ne voudrais leur faire défaut, mais je n’ai plus d’énergie. Je sens la magie suinter par tous les interstices de mon enveloppe. Un goutte-à-goutte effrayant dans sa rassurante régularité. Sa fuite m’abandonne face à moi-même, à mes faiblesses et à mes tourments. Qu’ai-je fait pour mériter une telle issue ? Quel crime ai-je commis pour qu’on me laisse agoniser si longtemps ? Des siècles de souffrance et je n’en vois pas la fin. Je la sens approcher, mais la magie s’agrippe à un fil d’espoir aussi fin que la lueur d’une étoile.

Je le distingue nettement. Aussi clairement que la fatigue qui s’installe dans chaque place lâchée par la magie. Un petit fil de rien, sans poids, sans début ni fin, et pourtant tellement présent. Un petit fil qui m’accroche à la vie. Un petit fil de rien du tout qui me maintient en sursis. Un petit fil aussi solide qu’il est précieux. Un petit rien qui me rappelle les beaux jours. Une goutte d’espoir. Mais un nuage sombre m’emplit d’effroi et de honte.

J’ai peur.

Je n’ai pas pu faire mieux. Je n’ai pas su quoi faire d’autre. Battre au rythme de la magie est mon destin. Le seul travail d’un cœur est de scander la pulsation régulière qui rassure. Un mouvement de va-et-vient qui dit je suis là, entendez-vous ? Je suis là, je suis toujours là, et vous ? J’ai perdu la cadence. Mes battements sont erratiques, désordonnés, bousculés, à la merci du moindre pépin. J’ignore comment reprendre le tempo. Je suis devenu sourd à la mélodie de la magie. Plus elle s’en va et plus je la perds. Je ne sais ni la suivre ni la retenir.

Je ne suis plus qu’un cœur vide et inutile. Un instrument usé et abandonné. Ne perdez pas votre temps, passez votre chemin. Laissez s’éteindre le cœur fatigué.

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