Le dernier Bakou – 73

Le dernier Bakou – 73

Lorsque Kirbann reprit connaissance, il sentit que quelque chose avait changé avant même d’ouvrir les paupières. Il fit mentalement le tour de sa prison de chair. Ses pieds n’étaient plus entravés. Il était allongé sur le côté. Le silence l’environnait. Pas un silence artificiel, stérile et vide. Un silence vivant, le bavardage d’un oiseau, le bruit d’une cuiller sur une tasse, une chaise repoussée. Serait-il mort ? Il bascula sur le dos.

Il sentit sa colonne vertébrale s’enfoncer dans un matelas moelleux et ouvrit les yeux. Un édredon de plume le couvrait avec légèreté. Il se trouvait dans une petite pièce mansardée qui ne comprenait qu’une bibliothèque basse, une table et une chaise en plus du lit dans lequel il était allongé. Le bois blanchi des murs donnait un aspect chaleureux à la pièce. Une fenêtre fermée par un volet lui faisait face. L’une de ces fenêtres à cheval entre le toit et le mur qui vous permettent d’apercevoir les étoiles et les fleurs d’un seul regard.

Il tourna la tête en entendant une porte s’ouvrir. La femme qui entra ne lui était pas tout à fait inconnue. Où l’avait-il déjà vue ?

« Comment vous sentez-vous ? » Sa voix était douce.

« Je… bien.  

— Tant mieux. Non… » Il avait souhaité se relever, mais elle l’en avait empêché d’une main ferme. « Il est trop tôt. Vous avez perdu beaucoup de muscles. Attendez jusqu’à demain. Je vous amènerai un fauteuil roulant pour que vous puissiez sortir. Voulez-vous que j’ouvre les volets ? 

— S’il vous plaît. » Il l’observait, cherchant une correspondance, un souvenir, un nom. Lorsqu’elle se tourna vers la fenêtre, une fine cicatrice apparut sur sa nuque. Non ! Pas elle ! Il essayait de se relever, en vain. Elle n’avait pas menti sur ce point, mais il ne la laisserait pas l’enchaîner de nouveau. Il tenta de s’appuyer sur la table de chevet et fit tomber le verre. Elle se retourna. Jugeant la situation en une fraction de seconde, elle tendit les mains comme pour s’excuser. « Je n’ai fait que mon travail là-bas. Croyez-moi s’il vous plaît. Du plus humainement que j’ai pu. Certains n’auraient pas pris autant de soin de vous. Mais ici, vous êtes en sécurité. Personne ne vous fera de mal. »

Sans la blouse bleue et le calot, il ne l’avait pas reconnue tout de suite. Son cerveau avait du mal à concevoir qu’une femme aussi charmante ait pu l’attacher à son lit et brancher tous les tubes qui alimentaient son corps et affamaient son esprit.

« Qui êtes-vous ? Où suis-je ? » Elle hésita un instant. « Cet endroit est un Refuge de seconde génération. Cela ne vous dira rien, mais c’est un endroit où on accueille les êtres en souffrance.

— Comment suis-je arrivé là ? » Elle eut un sourire triste. « Ils me font confiance, à cause de ce que je les ai aidés à faire. Alors quand j’annonce que quelqu’un est mort, ils ne vérifient pas. Vous n’êtes pas le premier que je sauve ainsi.

— Suis-je prisonnier ? » Elle le dévisageait, visiblement peinée par la question. « Non. Vous pouvez partir quand vous voulez. Mais je vous conseille d’attendre. Retrouvez des forces et prenez le temps de préparer votre retour avec notre équipe.

— Pourquoi faites-vous cela ? » Une larme perla. « Il y a quelqu’un que je n’ai pas pu sauver des griffes de ces monstres. » Elle baissa la tête. « Vous n’imaginez pas la souffrance que j’endure avant de pouvoir vous sortir de là. » Le regardant dans les yeux elle ajouta « C’est le seul moyen qui existe. Nous avons essayé d’intervenir de l’extérieur mais les protocoles de sécurité sont trop compliqués. Trois d’entre nous ont pu s’infiltrer dans le personnel du Château. » Il digérait l’information.

« Combien êtes-vous ?

— Pas assez. » Elle tapota le pied du lit. « Reposez-vous, je repasserai vous voir dans un moment. » Rassuré sur la situation, à peine la porte fermée, Kirbann avait replongé dans le sommeil.

——————–