Le dernier Bakou – 69

Le dernier Bakou – 69

Rykil découvrait le Refuge de Tama. Après avoir donné son accord pour aider les Bakous, elle les avait suivis à l’intérieur de la falaise. Un sentier creusé dans la roche descendait dans les profondeurs du canyon. Une clarté douce délimitait le passage, leur permettant d’avancer sans heurts. La largeur de la piste suffisait pour accueillir deux personnes de front, avec un plafond assez haut pour éviter l’impression d’enfermement. Des taches lumineuses y luisaient de place en place comme en réponse à la lueur du sol. Ils avaient marché plusieurs minutes en silence. Seul l’écho de leurs pas sur la roche résonnait sur les murs du sentier.

Elle avait humé les odeurs avant de découvrir le Refuge. Le grand air, les plantes et les fleurs. Une senteur enivrante, foisonnante, vibrante. Lorsqu’ils avaient débouché sur le territoire du Refuge, elle était restée immobile, cherchant à emmagasiner cet endroit inoubliable.

Elle voyait un dragon voler au bout de l’espace, loin au-dessus d’elle. Un mouvement sur la gauche attira son attention. Une rivière descendait en cascade de la falaise. Ses yeux papillonnaient d’un Balibab à un mimipo, d’une araignée à un éléphant. La nuit était tombée comme à l’extérieur, mais elle ne comprenait pas comment le ciel pouvait être visible aussi profond sous terre. Et elle était persuadée de n’avoir jamais survolé une telle merveille. Santhama était le pays le plus aride d’Uhnythais, avec ses falaises de calcaire rouge et son fleuve. Couvert à cinquante pour cent de plateaux rocheux et pour le reste de montagnes, il restait peu de place pour autre chose. Les alentours du lac Tilo, le col de Sannato et la Gueule de Santila, guère plus. « Tu dois être fatiguée ». Iolunh lui montrait un chemin qui partait sur le côté du promontoire. Elle aperçut un peu plus loin quelques cabanes et suivit ses hôtes.

« C’est quoi cet endroit ? Je n’ai jamais rien vu de pareil.

— C’est un Refuge. Il en existe trois sur Uhnythais. Un en Dakyrie, dans la Forêt des Anciens, un dans les Monts Dorés, et celui-ci. Ils ne sont accessibles qu’aux êtres de magie. Ils sont leur refuge lorsqu’ils sont persécutés ou quand leur habitat est menacé.

— Pourquoi personne n’est au courant ?

— Parce que c’est la raison de leur existence. Certains dédient leur vie à détruire la magie sur Uhnythais, persuadés qu’ils auront plus de pouvoirs si nous en avons moins. S’ils les connaissaient, ils auraient tôt fait de les anéantir eux aussi. »

Rykil acquiesça. C’était l’objet de son travail à WNI. Sauvegarder la planète et toutes ses composantes, du plus petit insecte au plus grand mammifère. Elle songea à son ancienne existence. Aurait-elle pu envoyer un courrier pour prévenir qu’elle ne reviendrait pas ?

« Ce n’est pas possible. » La réponse de Iolunh faisait écho à ses pensées. Ce n’était pas la première fois. Elle se demanda s’il lisait dans les esprits.

« Seulement dans les pensées exprimées. » Il sourit.

« Bien sûr, je me doute que vous n’êtes pas raccordés au réseau axial.

— Détrompe-toi. Nous sommes connectés au monde, mais il est préférable pour l’instant que tu disparaisses.

— Ne pourrais-je pas au moins prévenir mes parents ? Ils doivent être morts d’inquiétude. » Son cœur se serrait à l’idée de faire souffrir sa mère sans raison.

« Non. Je suis désolé. Nous ne savons pas à qui faire confiance. » Il leva la main pour couper court à ses protestations. « Je ne dis pas que tes parents nous mettraient en danger volontairement, mais nous ne connaissons pas leur entourage. Pour leur propre sécurité, il vaut mieux que les choses restent en l’état.

— Je comprends. » Notant l’air affligé de la jeune femme, Iolunh ajouta « Ce n’est qu’une question de temps. Quelques jours tout au plus. Une fois que la partie aura repris son cours, tu pourras aller les rassurer. Mais pour l’instant, nous devons veiller. Le Bakou doit terminer sa transformation et commencer à agir pour Uhnythais. » Désignant ses compagnons, « Nous ne pourrons pas maintenir le cœur en vie plus longtemps. Nous venons de trop loin. Il faut un Bakou uhnytien pour prendre la relève. C’est notre dernière chance. »

——————–