Le dernier Bakou – 65

Le dernier Bakou – 65

Le jeu a changé.

Iolunh avait senti le virage. Un ou plusieurs joueurs avaient disparu. Il lui fallait des détails. Il avait besoin d’en savoir plus. Trouver Epayh. Il saurait quelle note manquait. Iolunh sortit du Refuge pour avancer vers le canyon. Il contempla ses compagnons. Rykil, fille de Jystinn, l’enfant perdue et recouvrée des Wishtoh, et le musicien des mondes, Epayh, posé sur Uhnythais le temps d’une symphonie.

Deux êtres qui travaillaient pour que le jeu retrouve la lumière. Sous la clarté tamisée du soleil noir, Iolunh voyait se dessiner toutes les possibilités. Les routes s’éclairaient à mesure que ses pensées empruntaient l’un ou l’autre des chemins. Certaines étaient effrayantes, plus qu’il ne l’aurait envisagé. D’autres au contraire étaient douces comme le murmure des Balibabs à l’aube du soleil blanc. Il y avait si longtemps qu’il n’avait pas entendu ce chant quotidien. Persécutés avec la magie dans presque tous les pays uhnytiens, le chant des Balibabs avait disparu avec les féeries des ondins et la farandole des polymorphes.

Lorsqu’il s’approcha, Rykil et Epayh se tournèrent vers lui. Une même fièvre brillait dans leurs yeux. « Qui ? » Iolunh n’avait nul besoin d’en dire plus.

« L’un des nôtres. » Epayh s’excusait presque d’être le porteur d’une mauvaise nouvelle.

« Un seul ? » Le Bakou hocha la tête. « Lequel ? Est-ce le dernier d’entre nous ? 

— Je ne sais. » Iolunh dévisageait son ami, réfléchissant au moyen d’obtenir l’information par un autre biais. Cela n’était jamais arrivé. Lorsqu’une carte était retournée au Mirtapi, le message était habituellement visible à l’ensemble des joueurs. Une évolution inattendue. Iolunh se tourna vers Rykil, songeur. Se pourrait-il que l’apparition d’une nouvelle joueuse change les règles ?

Sous le regard de Iolunh, Rykil avait l’impression de passer un examen. « Je ne sais pas de qui vous parlez, mais c’est une femme qui est morte ». Le soulagement qu’elle lut sur le visage du Bakou la rassura. « Alors tout est encore possible. »

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