Le dernier Bakou – 53

Le dernier Bakou – 53

Quand Xilistt entendit sonner son téléphone, sa mère allait commencer à parler. Il jeta un œil distrait sur l’appareil, puis s’écarta du groupe lorsqu’il eut reconnu le numéro. Anthary. Il hésita à répondre, tendant l’oreille pour percevoir ce que sa mère racontait. Il avait écouté mille fois l’histoire de Rawilh. Un bip discret lui apprit qu’un message était arrivé. Il se décida à le consulter. Il n’avait pas eu de nouvelles d’Anthary depuis plusieurs mois. Il avait changé de couleur en entendant la teneur du message. Un appel au secours. Voilà ce que son ami d’université lui avait envoyé.

Il ferma les yeux, essayant d’imaginer comment celui-ci avait pu se retrouver au milieu d’une affaire louche. Comme d’habitude, sans aucun doute. Anthary deviendrait un journaliste d’investigation de premier plan s’il survivait jusque-là. Il avait un flair incroyable pour dénicher un menteur dans une pleine salle de congrès et découvrir le lien entre des évènements sans rapport apparent.

C’était lui qui avait attiré son attention sur Chossalinn Dhossal et son intérêt trop lisse pour être vrai à propos de l’écologie. Mais comment l’aider alors qu’il se trouvait à plus de trois mille cinq cents kilomètres à vol d’oiseau… Au moment où il s’interrogeait, Rashta posait une question à sa mère. Voilà qui pouvait résoudre le problème d’Anthary. Xilistt s’invita dans la conversation.

« Excusez-moi. Rashta ? J’ai un ami qui a besoin d’être secouru rapidement, pouvez-vous l’aider ? 

— Évidemment. » Le sourire de l’enfant-dieu s’élargit. « Ai-je envie de le faire, là est la question. » Ah. Bien sûr. Ça ne pouvait pas être simple.

« Et que faudrait-il pour que ce soit le cas ?

— Peut-être juste un peu de concurrence. » Albert s’immisçait dans l’échange. « Si Rashta n’est pas disposé à vous aider, je peux intervenir.

— Très bien, je le ferai. » Rashta savait reconnaître une situation qui tournait à son désavantage. « Où se trouve votre ami, comment s’appelle-t-il et où voulez-vous que je le dépose ? 

— Les toilettes du Baratan To à Tavaly. Anthary Salponn. » Où l’emmener ? Xilistt ne s’était pas posé la question. Après tout, tant qu’à intervenir, autant ne pas faire les choses à moitié. « Je suppose que vous pouvez l’amener ici. »

Le temps qu’il finisse sa réponse, Anthary se trouvait déjà dans le salon de sa mère. Incroyable. Xilistt avait participé au premier voyage, mais assister à l’arrivée d’une autre personne était inédit. Rashta n’avait même pas bougé un cil.

« Qu’est-ce que je fous ici au nom des dieux ? Qui êtes-vous ? Que m’avez-vous fait ? » Stressé par le changement brutal et face à Nysmok et Albert, Anthary s’agrippait à son sac à dos.

Xilistt s’avança. « Calme-toi. Tout va bien.

— Xil ? C’est quoi ce bordel ? On est où là ?

— Chez ma mère.

— À Gialith ?

— Exactement. Tu avais besoin d’aide et j’avais sous la main des amis serviables. » Anthary renonça à comprendre comment il était arrivé là pour l’instant, mais autre chose l’inquiétait. « Mes affaires ? Il faut que je récupère ce qu’il y a dans mon appartement. Je dois y retourner. »

Rashta regardait Xilistt d’un air interrogatif. « Vous n’avez qu’un mot à dire et je le renvoie d’où il vient.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? Qui êtes-vous ? » Le stress d’Anthary remontait en flèche.

« Si vous pouviez avoir l’amabilité de lui amener ses affaires, je pense que cela suffirait à le tranquilliser. 43 avenue du port à Tavaly, 4e étage, la porte bleue au fond du couloir. » Xilistt se tourna vers sa mère. « As-tu de la place quelque part pour les stocker ?

Rawilh n’avait pas dit un mot depuis l’arrivée d’Anthary. « Je suppose que le garage est libre puisque ma voiture est restée dehors. » Elle s’adressa à lui. « Bienvenue mon garçon. J’imagine que tu as des dizaines de questions, mais nous ne pourrons pas y répondre dans l’immédiat. Tu connais la maison. Je t’en prie, fais comme chez toi. Et attends-toi à quelques surprises. »

L’impression qu’une armoire était tombée dans la pièce d’à côté confirma la livraison des possessions d’Anthary. Rashta se tourna vers les autres « Où en étions-nous ? »

——————–