Le dernier Bakou – 51

Le dernier Bakou – 51

Aristine adorait la perfection, et ce jour-là l’était.

Le ciel de Ceatt n’avait pas vu un nuage de la journée, et la course du soleil blanc n’avait été saluée que par les oiseaux de paradis qu’elle avait loués pour le cinquième anniversaire de son fils. Lorsque son téléphone sonna, Aristine Poucot était une femme heureuse.

« Allo ? » Un large sourire éclairait son visage. Trois personnes seulement possédaient ce numéro. Les trois autres mousquetaires. Elle adorait la nouvelle application d’Antania qui permettait de masquer le nom de l’appelant même lorsqu’il était enregistré sur l’appareil. Son amie faisait un tabac avec cette idée, simple et efficace. Les dakyrois s’étaient rués dessus, à croire qu’ils cachaient tous des choses à leurs proches.

« Salut Aristine, c’est moi ». Alfarine. La troisième femme du groupe. Cette génération des 4 avait fait la part belle au sexe féminin. Walter, le seul homme, ne s’en était d’ailleurs jamais plaint. Il expliquait en riant que tant que sa femme ignorait tout de ses réunions d’affaires, il ne craignait rien.

« Bonjour Alfa. Que se passe-t-il ? » S’ils s’appelaient quotidiennement, il était d’usage de respecter les fêtes de famille.

« J’ai un souci. Trois fois rien, mais j’aimerai que ce soit réglé rapidement. » Le stress transparaissait dans la voix.

« Je t’écoute.

— L’un des journalistes de Daker TV a préparé un reportage sur le groupe Tamzin et ses ramifications dans le monde entier.

— Est-il fou ? Ou suicidaire ? » Son humour avait fait mouche. Le sourire qui accompagna la réponse s’entendait malgré la distance.

« Je ne sais pas trop. L’un des deux certainement. D’après mes renseignements il est allé très loin.

— Pourquoi ne pas l’avoir arrêté plus tôt ?

— De manière inexpliquée, il est passé sous tous les radars. Je n’avais jamais entendu parler de lui avant cet après-midi. Il a dû donner le synopsis de son documentaire pour obtenir une plage de diffusion. » Ils avaient ajouté cet ultime barrage l’an dernier, à la suite de dysfonctionnements qui avaient levé un coin de voile sur leurs activités. Une précaution nécessaire, semblait-il. Aristine réfléchissait.

« Qu’attends-tu de moi ?

— Si je le vire, tout le monde saura qu’il a touché juste. J’aurai besoin que l’un de mes concurrents sorte de sales petits secrets sur lui, histoire de l’écarter sans faire de vagues.

— Pourquoi ne pas refuser tout simplement ?

— Si vous décliniez aussi, cela lui mettrait la puce à l’oreille. Il est beaucoup trop compétent pour son bien. Nous ne pouvons pas laisser de tels journalistes œuvrer dans nos médias.

— Tu as raison, on est beaucoup moins embêtés avec ceux qui essaient juste de se faire un nom. Très bien, je m’en occupe. Jusqu’où veux-tu aller ?

— Le plus loin possible. L’idéal serait qu’il décide de lui-même de changer de carrière. Fais attention, il est très suivi sur le réseau axial. » Aristine éclata de rire.

« Ne t’inquiète pas. Lorsque nous en aurons terminé avec lui, même sa mère se posera des questions. 

— Merci. Je sais que je te dérange pendant l’anniversaire d’Aristide. Je suis désolée.

— Ne le sois pas, les derniers invités ne vont pas tarder à partir, ça me donne une excuse pour abréger les au revoir. Je suppose que tu es pressée ?

— La diffusion est prévue dans trois jours. — Parfait. C’est plus de temps qu’il n’en faut. Repose-toi. Rappelle-toi que tu portes l’héritier. Pas question que tu te fatigues. La prochaine génération des 4 doit être aussi performante que la nôtre. Surveille les informations, tu ne tarderas pas à avoir des nouvelles. »

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