Le dernier Bakou – 48

Le dernier Bakou – 48

Quel imbroglio !

Rashta avait du mal à suivre et il avait horreur de ça. Intelligent, vif et sociable, il détestait être laissé à l’écart.

Depuis qu’il avait rencontré Bob, sa vie volait en éclats. À peine quelques semaines plus tôt il avait débarqué à Ahrmonnhyah, sûr de lui, prêt à passer quelques années à découvrir le monde, charmer les déesses et s’amuser.

Et aujourd’hui ? Il tenait la main à un demi-dieu, le suivant comme un toutou dès qu’il le demandait, traîné d’un endroit invraisemblable à un autre, où chacun semblait savoir ce qui arrivait à Bob sauf lui. Tout ça commençait sérieusement à lui chauffer les oreilles. Il n’avait pas l’habitude de servir de faire-valoir.

Libéré pour un moment de ce poids par la mère de Xilistt, il s’attarda sur la décoration. Le bois dominait dans une atmosphère de chalet de montagne, allégé par un peu de métal ici et là. Des coussins et des rideaux égayaient la pièce avec leurs motifs fleuris et leurs couleurs claires. Un meuble complétait le tableau, occupant un pan de mur entier. La bibliothèque était moins aérée que celle de Nysmok, mais Rashta y devinait encore plus de volumes. S’approchant d’une étagère, il remarqua des ouvrages très anciens, certains dans une langue qu’il ne connaissait pas. D’autres encore semblaient venir d’un autre monde ou d’une autre civilisation.

Xilistt avait baissé la tête sous les remontrances de sa mère. Il avait mené le reste du groupe dans le salon et hésitait maintenant sur la conduite à tenir. Lui qui affrontait des industriels sans sourciller se trouvait intimidé face à ces inconnus. Il n’avait pas décroché plus de trois mots depuis leur départ d’Egarto, et avec sa mère, il risquait de ne pas pouvoir en placer une. Il était temps de reprendre les choses du début.

« Nous sommes chez ma mère, et elle répondra bientôt à vos questions, mais avant d’aller plus loin et malgré la confiance que je porte à Nysmok, j’aimerais savoir qui vous êtes, tous les deux. 

— Je suis Rashta, fils de Mahira, déesse des Trois Provinces, et voici Albert, le Grand Architecte du Pays Au-Delà des Mers et père de Bob.

— C’est impossible. » Personne n’avait entendu arriver Rawilh.

Rashta vit rouge. « Qui êtes-vous pour me traiter de menteur ? »

Rawilh leva la main pour s’excuser. « Pardon Rashta. Je ne doute pas de votre bonne foi. Je dis simplement que votre ami, Bob, n’est pas le fils d’un dieu. Et donc pas celui d’Albert.

— Elle a raison. » La confirmation du Grand Architecte mélangea un peu plus les cartes dans l’esprit de Rashta.

« Mais alors quoi ? C’est qui et qu’est-ce qui lui arrive ? J’en ai ma claque de piocher des bouts d’histoire ici ou là et d’être baladé sans rien comprendre. » Entendant un rire, il se retourna, vexé, pour se trouver face à Xilistt.

« Pardon Rashta, mais je suis tellement soulagé de vous l’entendre dire. Toute ma vie j’ai écouté des contes sur les Bakoues et le reste du monde et pour être sincère, je n’en ai pas retenu la moitié. Je me sens moins seul. » L’aveu spontané de Xilistt effaça l’agacement de l’enfant-dieu. « Je propose que vous vous installiez confortablement. L’histoire des Bakoues est celle d’Uhnythais. Même si je résume quelques passages, la route est longue. » Rawilh déposa sur la table les victuailles qu’elle avait apportées. « Ceux qui le souhaitent peuvent se restaurer avant d’entamer le voyage dans les mémoires de ma lignée. »

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