Le dernier Bakou – 47

Le dernier Bakou – 47

Dakhtassi avait planifié son dernier voyage avec soin. Il ignorait si les Essentiels accepteraient qu’il conserve ses pouvoirs et il avait choisi de rejoindre Azyolh sur l’île de Piros. À tout le moins aurait-il une porte de sortie s’il se retrouvait livré à lui-même.

Il n’avait pas menti à Inhergo. Garder ses pouvoirs lui serait utile, mais n’était pas sa priorité. Il était devenu un Essentiel mille deux cents ans plus tôt, et il était temps de laisser la place. Il avait noté une distance croissante entre les préoccupations des uhnytiens et celles des dieux et des Essentiels. La disparition de Taolinh n’y était sans doute pas étrangère. Les Bakoues veillaient à ce que chaque espèce s’acquitte de ses devoirs envers l’ensemble de la communauté. Un prix que tous avaient accepté de payer lorsque les terriens étaient arrivés sur Uhnythais.

Les êtres de magie et les humains avaient accueilli à bras ouverts cette espèce dont la planète venait de s’éteindre. La présence des Bakoues devait assurer la continuité de l’harmonie qui régnait. Mais la réalité s’était avérée bien différente. Les terriens possédaient une mémoire incroyable compte tenu de leur faible espérance de vie, surtout en ce qui concernait les torts dont ils se pensaient victimes. Les êtres de magie avaient supposé, à tort, que partager une part de leurs pouvoirs aiderait les nouveaux venus à s’intégrer dans leur monde. Mais l’inverse s’était produit. Loin de reconnaitre et d’apprécier le cadeau fait, ils étaient devenus plus amers et plus envieux. 

Dakhtassi ignorait si une nouvelle Bakoue se révèlerait un jour. Il l’espérait tout en sachant que la tâche qui l’attendait serait plus dangereuse que jamais. La dernière Bakoue avait disparu près de cinquante ans plus tôt. Une goutte d’eau dans son existence, mais un temps suffisant pour que la situation arrive au point de non-retour. Le ouistiti admira une nouvelle fois la mer, face au port de Troscath. Il sentait l’agonie du cœur magique dans tout son être, mais rien dans cette vue époustouflante ne le laisser présager.

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