Le dernier Bakou – 46

Le dernier Bakou – 46

Faryss arpentait son bureau. Dire qu’il était si près du but et que les obstacles s’accumulaient. Il s’arrêta devant la fenêtre qui donnait sur la serre. Cette vue l’apaisait toujours. Il avait soigneusement sélectionné toutes les espèces sur des critères de couleurs pures afin d’obtenir un arc-en-ciel permanent.

Il espérait que Bibbalyl ne se montrerait pas avant la réunion du Carré Ticien. Il avait envoyé Chossalinn en Yndanie pour déterminer ce qui s’était passé. Selon les premières informations, le Balibab avait été abattu, et les ouvriers fêtaient leur réussite quand l’arbre s’était évaporé. Une ineptie. Un tel arbre ne pouvait pas disparaître en quelques minutes. Les imbéciles avaient bâclé le travail, voilà tout. Il suffisait d’en éliminer un autre. Chossalinn avait compris l’urgence de la situation. Il ne doutait pas qu’elle saurait être convaincante et que les bûcherons apprendraient de leurs erreurs s’ils tenaient à la vie. De son côté, les réponses attendues n’étaient pas arrivées. Les techniciens qui avaient réalisé les tests étaient formels, l’homme qu’il détenait était le petit-fils de celui qui les avait spoliés cinquante ans plus tôt. Malgré les menaces, il n’avait rien dit. Faryss hésitait à employer la force. Il avait peur qu’un interrogatoire trop poussé ne fausse les informations obtenues, et il ne pouvait pas se le permettre. Pas maintenant. Il avait déjà soixante-et-un ans et il se transformerait en Bakou sans tarder. Mais cela impliquait d’abord de supprimer tous ceux qui pourraient le devenir avant lui. Il avait bien cru le problème réglé quand son père avait trouvé Taolinh, l’héritière de la traîtresse Noalinn. Faryss avait onze ans lorsque la dernière Bakoue avait été assassinée. Son père lui avait assuré qu’il serait le prochain et que l’absence d’héritière modifiait la loi des successions. Il s’était préparé toute sa vie, guettant les signes. Le changement de couleur, les pouvoirs. Rien n’était arrivé. Agonisant, son père lui avait avoué qu’il fallait attendre cinquante ans après la mort violente d’une Bakoue pour que la suivante soit désignée. Le décès de Taolinh datait de 3450 et l’an 3500 venait de commencer. Selon toute vraisemblance, il serait Bakou cette année. La perspective l’enchantait par avance.

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