Le dernier Bakou – 43

Le dernier Bakou – 43

Le Gardien déboula dans le salon de toute la vitesse de ses petites pattes. « Vous venir tout de suite. Bakou demander vous. » Il s’adressait à Rashta qui se précipita vers la chambre de Bob, aussitôt suivi par le reste de l’assemblée. Le récit d’Albert attendrait.

Lorsque Rashta arriva au chevet de Bob, il remarqua l’air fiévreux et angoissé. Son regard avait la même intensité lorsqu’il avait voulu se rendre près du Balibab. Le fils de Mahira se demanda si c’était cela être un Bakou. Se trouver au service des autres à un point tel qu’on n’avait plus de repos. Quand Bob vit son ami, il lui sourit. « Nous devons retourner à Egarto. Maintenant. » Sans écouter les mises en garde de leurs compagnons, Rashta obtempéra. Albert n’eut que le temps de saisir son bras pour faire partie du voyage avec le Gardien.

Une seconde plus tard, il découvrit un autre monde, très différent du sien. Là où sa maison était construite dans la lave, celle-ci était habillée de bois. Là où son bureau s’enfonçait dans les entrailles du volcan, un patio élevait ici le regard vers le ciel. Et le Balibab qui les attendait au milieu de cet espace représentait ce que Tiribath avait été. Fier, grand et érigeant ses branches vers le ciel à mesure que ses racines allaient plus loin dans la terre.

Albert sentait pourtant des points communs. L’air de la mer et le parfum des fleurs. Une autre île, une autre vie, un même sentiment de sécurité et de sérénité. Il se demanda qui vivait dans cet endroit. Avant qu’il puisse poser la question, Bob avait tendu le bras vers l’intérieur. Il suivit Rashta.

Pénétrer dans la maison de cette manière était singulier. Il avait l’impression d’outrepasser ses droits. Comment agirait-il si des étrangers arrivaient chez lui sans y être invités ? Il sourit. C’était exactement ce qui s’était passé. Il scruta l’intérieur du bâtiment, admirant la bibliothèque qui couvrait plusieurs murs. Comme cet endroit devait plaire à Bob. Albert savait que son fils aimait les livres. Il lui avait fourni tous ceux qu’il pouvait, évitant ceux qui se rapportaient aux Bakous. Peut-être avait-il eu tort ? Il ne le saurait jamais. Rashta le précédait toujours, soutenant Bob qui peinait à marcher. Lorsqu’ils arrivèrent au centre de la pièce, Albert vit deux hommes assis qui discutaient. Le plus jeune s’était redressé à leur entrée. « Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? »

Le vieil homme leva la main. « Ne t’inquiète pas Xilistt, ce sont des amis. » Avisant Albert, il ferma les yeux un instant, comme pour vérifier un souvenir. « De vieux amis. »

Albert n’en revenait pas. L’homme chez qui il se trouvait, celui qui vivait dans cette maison du bout du monde, c’était celui qui lui avait amené Bob. Ça ne pouvait pas être un hasard. « Bonjour Albert. » Une quinte de toux l’arrêta. « Je suis ravi de vous revoir. »

Bob et Rashta s’étaient retournés, leurs regards passant de l’un à l’autre. Nysmok remarqua soudain la faiblesse de Bob. « Assieds-toi mon garçon. Ne te fatigue pas outre mesure. Asseyez-vous, tous. » Il fit un nouveau signe. « Toi aussi Xilistt. Nous ne craignons rien. Tous ces gens sont de bonne compagnie, tu peux me croire. »

Xilistt obéit, sans lâcher Bob des yeux. Il semblait sur le point de dire quelque chose, mais hésitait. Qui était ces gens que Nysmok recevait sans cérémonie et qui arrivaient dans son salon sans s’annoncer ?

Rashta avait noté l’intérêt du dénommé Xilistt pour Bob. Il dépassait la curiosité qu’on peut avoir pour quelqu’un qu’on ne connaît pas. Et il était concentré exclusivement sur lui. Mieux valait savoir tout de suite à qui il avait affaire. Il s’adressa à lui. « Dites-le.

— Quoi ? » Il avait l’air vraiment surpris le bougre.

« Quelque chose vous tracasse, alors dites-le, ne tournez pas autour du pot. » Xilistt hésita encore un instant. La réponse qui lui serait faite pourrait transformer sa vision du monde et il n’était pas sûr d’être prêt. Mais l’incertitude lui pèserait encore plus. Il se décida. « Vous êtes un Bakou, n’est-ce pas ? »

Surpris, Bob le regarda sans comprendre. Nysmok le dévisagea comme s’il ne l’avait jamais vu. « Comment sais-tu ce qu’est un Bakou ?

— Alors c’est vrai ?

— Oui. » Albert avait répondu. « Comment savez-vous qui sont les Bakous ?

— Il faut que vous parliez à ma mère. » Xilistt ne se sentait pas d’attaque pour expliquer trois cents ans d’histoire familiale. 

— Où est-elle ? Vous pouvez aller la chercher ? » Il sourit devant l’impatience de Rashta. « Non, elle vit dans les Terres d’Ouest et il est préférable que vous lui parliez en personne. » Il sortit un téléphone de sa poche. « Je vais réserver des billets pour le prochain vol. » Entendant rire Nysmok, il releva la tête.

« Mon jeune ami, ne t’inquiète pas du voyage. Nos invités nous transporteront chez elle dès que tu leur auras indiqué son lieu de résidence. »

Bien que surpris par la requête, Xilistt s’exécuta. La faille qui s’était creusée dans ces certitudes grandissait à vue d’œil. Cela le dérangeait moins qu’il l’avait craint. Une seconde plus tard, il se retrouva sur le perron de sa mère en compagnie de ses nouveaux amis. La magie avait aussi des avantages.

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