Le dernier Bakou – 4

Le dernier Bakou – 4

Le lendemain matin, les étudiants se retrouvèrent au pied du Balibab qui marquait le centre de l’espace dévolu à l’université.

La journée précédente s’était terminée par le banquet d’adieu, où parents et élèves s’étaient mêlés dans une joyeuse insouciance, pimentée par les nouveautés annoncées. Les familles avaient ensuite quitté les lieux, laissant les enfants-dieux repérer les tentes qui les abriteraient tant qu’ils n’auraient pas construit les bâtiments définitifs de leur promotion.

Deux tentes-dortoirs avaient été dressées au point le plus éloigné de l’entrée, au pied de la plus haute des collines qui entouraient le site. À l’intérieur, chacun avait eu l’agréable surprise de découvrir une salle commune où un espace reflétait leurs préférences. Les ondins disposaient d’un accès à une rivière sortie de nulle part, dont la limpidité laissait entrevoir un lit sablonneux parsemé de galets. Alitt possédait un lit à sa taille et un paravent de plantes et de fleurs qui embaumaient l’air. Un carré de terre fraîchement retourné attendait Théobath, le Balibab du groupe.

Bob avait pour sa part hérité d’un lit entouré d’étagères emplies de livres. Il rayonnait en imaginant les fabuleuses histoires qu’il y découvrirait.

D’après Essaly, les tentes de repos et les rendez-vous matinaux étaient des nouveautés dues à la présence d’élèves non dieux. En son for intérieur, Bob les en remerciait, savourant à l’avance la promesse de quelques heures isolées et au calme, loin de la promiscuité d’une trentaine de compagnons de classe. Pour lui, c’était un changement conséquent, et dont il allait devoir s’accommoder.

Dès l’arrivée de Rashta, dernier arrivant, une voix inconnue retentit dans l’espace.

« Soyez les bienvenus à Ahrmonnhyah. Je suis Tarnyth, la première des Sept Essentiels. Je suis la Terre qui porte les habitants d’Uhnythais. Je suis le sable des dunes, les falaises qui surplombent la mer et les rochers sur lesquels viennent s’échouer les vagues. Je suis la terre qui vole dans les steppes au passage du vent et la montagne qui se dresse face aux éléments. Je suis l’immuable que rien ne déplace et la légèreté que rien ne retient. Je suis l’éphémère et le permanent, l’invisible et l’évident. Je suis le socle et la stabilité, mais je suis avant tout la promesse de la création. C’est de mon sol fertile que part toute vie. Je suis l’écrin du cœur d’Uhnythais. »

La première partie du discours avait arrêté toutes les discussions. Plus rien ne subsistait du brouhaha qui avait précédé les premiers mots de Tarnyth. Une autre énergie s’était invitée ici.

Ils s’observaient discrètement. À mesure que les paroles de Tarnyth prenaient forme, il devenait plus évident que l’énergie des Sept Essentiels était inconnue aux dieux et non dieux d’Ahrmonnhyah.

« Je suis là pour vous aider à bâtir les fondations de vos études. Elles formeront la base inaltérable et inaliénable de votre vie collective. Elles prendront en compte chacune de vos particularités, pour qu’aucun de vous ne se sente de trop ici. Le temps nécessaire à leur élaboration est le plus précieux de tous.

Dans les prochains jours, je vous demande d’être attentif aux autres. Apprenez à vous connaître. Pas seulement en vous posant les questions rituelles d’une nouvelle rencontre ou en cherchant dans votre mémoire ce que vous croyez savoir sur l’un ou l’autre de vos condisciples. Ce que j’attends de vous, c’est l’observation des autres. Une attention détachée de tout jugement. Le bien et le mal n’existent pas, seul nous intéresse ce qui est. Promenez sur les autres le regard du cœur, celui qui s’ouvre à la différence pour mieux apprécier son unité dans le creuset du collectif. » La fin du discours résonna plusieurs minutes dans l’air matinal d’Ahrmonnhyah avant que quelqu’un brise le silence.

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